ACTE III, SCÈNE II
fortune me condamne à n'en faire que de misérables et d'iniques. Je me sens entraîné dans une voie que je n'ai pas choisie; une voie obscure et sans but, où mon cœur se dessèche, comme le germe tombé sur une terre ingrate, et livré au caprice du vent.
A1SFRID.
Sublime infortuné! ô mon royal ami! ton Fidèle t'admire et te plaint. Si je ne puis t'enlever ton glorieux souci, je puis du moins en sentir avec toi la généreuse amertume. Dire au cœur d'Adelghis qu'il se contente d'hommages, de puissance et de trésors, le puis-je, moi? lui donner la paix des lâches, est-ce que je le puis ? et si je le pouvais, le voudrais-je ? — Souffre et sois grand. Tel a été ton sort jusqu'à ce jour; souffre, mais espère; ta grande carrière est à peine commencée; et qui saurait dire quels temps et quelles œuvres le ciel te prépare? ce ciel qui t'a fait roi, et t'a fait présent d'un tel cœur!
(Anfrid se retire.)