‹ Théâtre et poésiesChapitre 14 sur 221 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

pour la diction éminemment tragique, en ce qu'elle est partout d'une noble simplicité. » Il y avait déjà, on le voit, tout un historien dans le critique1.

Dans la. Revue encyclopédique, un autre critique distingué, mais un Italien cette fois, le très-estimé continuateur de Ginguené, faisait un pas en avant vers la liberté, en traitant la question soulevée par la tentative de Manzoni, et reconnaissait, c'était déjà le motde ceux qui n'étaient pas fâchés que l'on osât, qu'il y avait quelque chose à faire. Entraîné par la force de la vérité autant que par l'instinct de la vanité nationale, Salfi rendait justice à son jeune compatriote et « à cette morale patriotique et pure » qui distinguait le drame nouveau.

Dans le Lycée enfin, un recueil savant et modeste dans lequel faisaient alors leurs premières armes des membres distingués de l'Université et plus tard de l'Académie, Charles Loyson, M. Patin, etc., M. Chauvet écrivait, d'une plume bienveillante et courtoise, cet article dont l'Italie et la France auraient à le remercier, quand elles ne lui devraient que la belle Lettre de Manzoni sur les unités. Mais M. Chauvet, qui lui-même, si je ne me trompe, avait donné un Arthur de Bretagne, ou qui du moins méritait bien d'avoir écrit la tragédie de ce nom, M. Chauvet, pour apprécier Carmagnola, était resté à peu près sur le terrain de La Harpe et de son école.

Mais tout doit faire silence devant la grande voix de Goethe qui, dans son Recueil sur l'art et l'antiquité, publié à Stuttgard, prit fait et cause pour le jeune et brillant esprit en qui il était flatté de reconnaître un disciple. Pour peu qu'on ait abordé les ténèbres de l'esthétique allemande, on sera surpris de trouver tant de clarté dans ce travail de l'auteur de Goetz de Berlichingen. C'est, sans nulle concession dans le fond des idées, toute la simplicité d'exposition, toute la limpidité de langage à laquelle est accoutumée la critique française. Goethe n'a garde de rien céder sur cette partie de son système qui a trait à l'emploi de l'histoire dans le drame. Il répétera ici,

1. M. Trognon a publié, en effet, outre son admirable biographie de la reine Marie-Amélie, une belle Histoire de France en cinq volumes, à laquelle l'Académie française a décerné le grand prix Gobert. A. de L.

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