‹ Théâtre et poésiesChapitre 15 sur 221 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

comme dans la plupart de ses préfaces ou de ses traités, <( qu'il n'y a point à proprement parler de personnage historique au théâtre, et que, s'il prend fantaisie au poëte de vouloir représenter le monde moral qu'il a conçu, il fait à certains individus qu'il rencontre dans l'histoire l'honneur de leur emprunter leurs noms pour les appliquer aux êtres de sa création. »

Je doute fort que Manzoni, tout en animant lui aussi de sa pensée quelques-uns des personnages qu'il emprunte à l'histoire, et, en paraissant accepter jusqu'à un certain point cette théorie de Gœthe, l'adoptât dans son ensemble. Je verrais la preuve du contraire dans la singulière idée qu'il avait eue, dont témoigne Ja première édition de Carmagnola, et que Gœthe lui reproche, de distinguer sur la liste de ses personnages, ceux qui appartiennent à l'histoire et ceux qui sont de son invention. Je la vois aussi et surtout dans lapeine que prend Manzoni de faire suivre et précéder Carmagnola d'abord, et ensuite Adelghis, de notices et de discours sur l'époque qu'il a essayé de peindre ; on ne montre pas tant de scrupules avec des personnages dont on s'est borné à emprunter les noms pour leur donner ensuite telle signification qu'il vous plaît.

Mais ces dissidences, sur lesquelles le poëte n'a garde d'insister, se perdent chez Manzoni dans la joie profonde et le trop légitime orgueil qu'il éprouve avoir un homme tel que Gœthe prendre à ce point son œuvre au sérieux, l'analyser scène par scène, le traiter lui-même d'égal à égal et lui accorder devant l'Europe la haute sanction de son autorité.

Aussi dans une lettre que Manzoni écrivait à son glorieux Aristarque, pour le remercier, le 23 janvier 1821, lui disait-il :

« Si quand je travaillais à ma tragédie de Carmagnola, quelqu'un m'eût dit qu'elle serait lue par Gœthe, il m'eût donné le plus grand des encouragements et promis une récompense bien inattendue. Vous pouvez juger par là de ce que j'ai éprouvé, quand j'ai vu que vous daigniez l'examiner avec tant de bonté, et en rendre devant le public un si bienveillant témoignage. »

En parlant des opinions diverses qui se sont prononcées sur son travail, il ajoute : « Dans cette fastidieuse

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