ACTE III, SCÈNE IX
retournez au camp. Aujourd'hui les Lombards ne peuvent que trop bien se mêler aux Francs sans exciter de soupçon; examinez tout, observez les ducs, les comtes et les simples guerriers; distinguez des traîtres ceux qui se sont laissé surprendre, et si vous en voyez qui s'éveillent honteux et desespérés de cet horrible songe de la lâcheté, dites-leur qu'il n'est pas trop tard, que leurs rois sont vivants, que nous combattons, el que l'on peut encore mourir sans ignominie. Conduisez-les dans les places fortes; ils y seront invincibles. Le glaive du guerrier repentant est retrempé à mort. L'occasion, les fautes de Pennemi, votre courage, nous donneront à l'improviste mille conseils inattendus. Le temps nous sauvera; le royaume est aujourd'hui en lambeaux, mais non anéanti.
(Ceux qu'Adelghis a désignés s'éloignent.) DIDIER.
0 mon fils! tu m'as rendu ma vigueur; partons.
ADELGHIS.
Mon père, je te confie à ces braves; bientôt moimême je vais te rejoindre.
DIDIER
Qui attends-tu donc?
ADELGHIS.
Anfrid; il a voulu se séparer de moi pour me suivre de loin, et se tenir plus près du danger, pour l'écarter de ma tête. Je n'ai pu triompher de sa volonté inflexible, et le détourner de sa pieuse fidélité, Inquiet sur la route que tu avais prise, je ne pouvais m'arrêter; mais te voilà sauvé, et je ne partirai pas d'ici qu'il ne m'ait rejoint.
DIDIER
Je veux l'attendre avec toi.
ADELGHIS.
Mon père!... (il un soldat qui survient .) As-tu vu Anfrid ?
LE SOLDAT
0 roi, que me demandes-tu?
ADELGHIS.
Parle, au nom du ciel !
LE SOLDAT
Je l'ai vu tomber mort.
ADELGHIS.
Jour d'infamie et de colère ! rien ne t'aura manqué ! — 0 mon frère, tu es mort pour moi ! tu as combattu,... et moi! cruel, pourquoi allais-tu sans moi affronter le danger? Ah ! ce n'était pas là ce dont nous étions convenus! Oh! Dieu!... Dieu qui me laisses la vie, et qui m'imposes un si grand devoir, donne-moi la force de le remplir? — Allons!