SCÈNE III
GUINT1S.
Fidélité! — Que l'imbécile ami d'un maître tombé, celui qui, s'obstinant dans l'espoir ou dans l'irrésolution, a jusqu'au bout suivi sa fortune et partagé sa chute, s'écrie : Fidélité! fidélité! et se console avec ce mot, à la bonne heure! Ce qui console, il le faut croire sans hésiter. — Mais quand il est temps encore de tout perdre ou de tout sauver; quand l'heureux, quand le héros pour qui Dieu se déclare, ce Charles consacré par la victoire m'envoie un messager, veut être mon ami, m'invite à ne pas périr, et s'empresse de séparer ma cause de celle du malheur... pourquoi, toujours repoussé, revient-il encore m'assaillir comme un importun, ce mot de fidélité? Pourquoi se jette-t-il toujours à travers mes pensées pour en troubler le concert? — ^ Fidélité î avec elle tout destin est beau, la mort même est belle. — Qui dit cela? Ceux pour qui Ton meurt. — Mais, avec eux, l'univers le répète en chœur, et s'écrie que, dans la détresse et l'abandon, l'homme loyal est plus digne d'être honoré que le félon, parmi ses trésors et ses courtisans. — En vérité? Mais, s'il en est ainsi, pourquoi donc le laissez-vous, cet homme loyal, dans la détresse et l'abandon? et si vous l'admirez tant, que n'allez-vous le consoler, lui faire honneur, et réparer envers lui l'injustice du sort qui le poursuit? Levez-vous, et quittez ces heureux que vous méprisez, eV montrez-vous là où l'honneur réside; alors, je vous croirai. Oh! sans doute, si je vous de- I mandais conseil, je m'entendrais dire : « Rejette ces offres indignes; partage, qu'elle qu'elle soit, la fortune