‹ Théâtre et poésiesChapitre 159 sur 221 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

de tes rois. » — Et pourquoi avez-vous tant à cœur de me voir fidèle? parce que, si je tombe, je vous ferai pitié; mais si, dans la ruine d'autrui, je demeure debout, si vous me voyez galoper aux côtés du vainqueur qui me sourit, alors peut-être je vous ferai envie, et vous aimez mieux éprouver la pitié que l'envie. Ah! ce n'est pas là un conseil désintéressé. — « Mais dans son cœur, Charles aussi te méprisera. » — Qui vous l'a dit? Méprise-t-il Sivart, un soldat obscur qu'il a élevé aux premiers grades? Quand ce puissant m'honore de la bouche et du regard, ce qui se passe dans son cœur, d'où le savez-vous? Qu'importe d'ailleurs? Ahî vous voulez répandre du fiel dans la coupe où vos lèvres ne peuvent atteindre. Ce qui vous plaît, c'est le spectacle des grandes chutes, les ombres des fortunes éteintes; pour en parler, pour en consoler votre obscurité : tel est au fond votre but. Le mien est plus riant, et vos vaines clameurs ne me détourneront pas d'y prétendre. Si, pour obtenir vos applaudissements, il suffit de rester ferme au sein du péril, hé bien! j'en affronte un terrible, et vous saurez un jour qu'à ce poste il fallait plus de courage qu'en un jour de bataille, au soleil; car si le roi, comme parfois il lui arrive, visitait les murailles, et qu'il me surprît ici à m'entretenir avec Sivart, Sivart, un de ceux qu'il appelle traîtres, .et que Charles nomme fidèles... Oh! il n'est plus temps de regarder en arrière. Le sort veut que l'un de nous deux périsse. Je dois, ou je veux faire en sorte que ce ne soit pas moi.

2G2 ADELGHIS.

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