‹ Théâtre et poésiesChapitre 161 sur 221 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Il a demandé un gage de ma foi; aussitôt j'envoyai mon fils dans le ctfmp des Francs comme messager, et en même temps comme otage, et tu n'es pas encore assez sûr de ma résolution? Charles est-il aussi invariable dans la sienne?

SIVART.

Pourrais-tu en douter?

GUNTIS.

Sachons d'abord ce qu'il désire et ce qu'il promet. Il s'est emparé de ma ville, et l'a'donnée h un autre; il ne m'en reste à moi qu'un vain titre.

SIVART.

Il est bon que l'on te croie dépouillé, et partant l'implacable ennemi de Charles. Mais apprends une chose; le rang que tu as tenu, tu ne l'as perdu que pour monter plus haut. Avec tes pareils, Charles ne promet pas, il donne. Tu as perdu Ivrée, mais lis (// lui présente un diplôme) : te voilà comte de Pavie.

GUNTIS.

Dès ce moment, j'en exerce les fonctions; mon maître va s'en apercevoir à mes actes. Sivart, quels sont ses ordres?

SIVART.

Il veut Pavie, et que le roi soit remis entre ses mains : l'entreprise alors touche à sa fin, Vérone a grand'peine à tenir ses portes fermées; h l'exception d'un petit nombre, chacun brûle d'en sortir et de se dire vaincu : Adelghis seul les retient. Mais quand Charles arrivera, vainqueur de Pavie, qui parlera de résistance? Les autres villes qui tiennent encore dans leur isolement, et qui comptent sur le temps, succombent toutes en un jour, membres épars d'une tête coupée. Les rois tombés, plus de scrupules à opposer;

2G4 ADELGHIS.

pour qui cette dure obstination dans l'obéissance, quand nul ne commande? Charles règne, il n'y a plus de guerre.

GUNTIS.

Oui, sans doute, il lui faut Pavie, et il l'aura; demain, pas plus tard,, il l'aura. Qu'il avance avec quelques troupes vers la porte occidentale, et simule un assaut; celle-ci, qui est opposée h l'autre, restera dégarnie, et je n'y laisserai qu'un petit nombre de mes affidés. Une fois la mèche allumée là-bas, qu'il accoure de ce côté, il trouvera la porte ouverte. — Mais surprendre le roi pour le livrer à son ennemi, que Charles ne me le demande pas. Je fus le vassal de Didier en ses jours de prospérité, et ce serait souiller mon nom d'une tache inutile : entouré d'ailleurs, pressé de tous côtés, Tinfortuné ne pourra s'échapper.

SIVART.

Heureux Sivart, d'avoir à porter à Charles de telles nouvelles! plus heureux toi-même de pouvoir lui rendre de tels services ! Mais encore un mot : que pense-t-on dans Pavie? ceux qui ont résolu de sauver la fortune du vieux roi, ou de se perdre avec lui, sontils encore nombreux? ou si les regards et les vœux commencent enfin à se tourner vers l'astre triomphant de Charles? Cette dernière victoire sera-t-elle aussi aisée que le fut l'autre?

GUNTIS.

Las et découragés pour la plupart, c'est l'habitude seule qui les retient sous leurs enseignes; toutes leurs pensées les avertissent d'abandonner celui que Dieu a depuis longtemps abandonné; mais devant chacune de leurs pensées se dresse un mot qui les épouvante : trahison. Je leur ferai entendre une parole plus sen-

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