XX INTRODUCTION
riques et l:s personnages d'invention. Mais en le louant de l'avoir effacée, ce que Manzoni avait fait de lui-même, il dépasse évidemment la pensée de celui-ci et s'imagine trop vite l'avoir tout à fait conquis à sa doctrine. Ne serait-on pas fondé à croire que Gœthe lui-même revient quelque peu sur ses pas, lorsque, dans le jugement qu'il a écrit sur L'Adelghis, on lit le passage suivant : « Alexandre Manzoni occupe un poste distingué entre les poètes modernes. Une âme candide, une généreuse ardeur de sentiments sont les forces qui vivifient son intelligence bien ouverte et hautement poétique. Dans les caractères qu'il met en scène, la vérité est la règle absolue dont il cherche à ne jamais s'écarter. Dans tous les modes de son âme, il se trouve toujours en pleine harmonie avec lui-même et son génie propre; c'est pour cela qu'il lui semble nécessaire que l'élément historique qui sert de base à son travail ne contienne que des vérités reconnues et confirmées par des documents incontestables. Son but, en somme, est de mettre en parfait accord les données réelles et irrécusables de la vérité historique avec tout ce que réclament le sentiment moral et l'esthétique du poète. »
Qui parle ainsi? Gœthe ou Fauriei? Ce dernier, en effet, ne disait guère autrement dans cette analyse de l'Adelghis, où il loue Manzoni de nous avoir donné un Charlemagne qui est bien celui de l'histoire. Mais Manzoni lui-même abondaitdanslesensde Gœthe, en animant son principal personnage de ses propres sentiments et en faisant du fils de Didier une manière de marquis de Posa. Ne semble-t-il pas aussi que Manzoni cherche à maintenir son Adelghis dans ce milieu élevé et sensé où lui-même il maintiendra sa vie entière , en cherchant à accorder sa soumission au pape avec sa passion pour l'indépendance de son pays?
Si de Carmagnola à Adelghis le talent de Manzoni avait grandi, en devenant plus souple, et s'était établi dans l'admiration de Gœthe, on va voir ce quel'homme avait gagné de son côté dans les sympathies personnelles de celui-ci.
Le 28 avril 1825, M. Cousin, qui déjà, en 1817, avait fait une visite à Gœthe, lui en fit une seconde. La conversation amena cette phrase: «Je suis heureux que parmi les