lier. Fr.t t. II, prœf., p
domination des Lombards, à celle qui s'explique si aisément par le reste de l'histoire, et qui sert à l'expliquer à son tour?
En résumant ce qui a été dit jusqu'ici, nous laissons établi : qu'une partie de la loi romaine tomba d'ellemême; que la partie qui en survécut n'affranchissait pas ceux qui la suivaient de toute autre juridiction du peuple souverain; que la loi môme resta toujours sous l'autorité de ce peuple; enfin que les juges chargés de l'appliquer furent toujours pris dans les rangs des vainqueurs. Renfermée dans ces limites, cette concession de vivre suivant la loi romaine est de telle nature que, pour en trouver le motif, il n'est plus besoin de le chercher si loin et de recourir à la clémence. Il s'en peut donner une autre raison qui, par malheur, est plus naturelle.
Et finalement, voici sur ce point notre conjecture. Tous les barbares qui, réunis en corps de nation, se jetèrent sur quelques parties de l'empire romain, avaient leurs lois à eux, lois non écrites, mais traditionnelles. Ces lois étaient le fruit de délibérations communes, mesurées sur les besoins, pesées par les volontés diverses, fondées sur les mœurs et sur les idées de ceux qui devaient s'y soumettre; idées et mœurs qui, en partie, subsistent encore, et qui sont si exactement décrites dans la Germanie de Tacite, que parfois on croirait qu'il parle du moyen âge, quelquefois même de notre temps. Les barbares portèrent ces lois sur le sol conquis, les accrurent, les accommodèrent aux nouveaux besoins, mais toujours selon les vues générales que nous avons dites. Or ces lois, qui étaient leur ouvrage, leur propriété, pourquoi les auraientils communiquées aux vaincus? Pour les maintenir dans l'obéissance? Mais ces lois n'avaient pas été faites dans ce but; ce n'était donc pas le moyen qu'on y employait. Elles ne réglaient pas les rapports de vainqueurs à vaincus, de peuple à peuple ; mais, pour ainsi dire, de citoyen à citoyen, de citoyen à magistrat. Il fallait donc aux vaincus des lois, des prescriptions ou des coutumes diverses. Et' voilà pourquoi les Lombards, comme les autres barbares,
ne forcèrent pas les Romains à recevoir leurs lois. Pourquoi ensuite ils leur laissèrent les anciennes, c'est ce qui me paraît également clair. Les privilèges de la conquête une fois à l'abri, les relations de sujet à sujet devenaient indifférentes aux maîtres. Que devaient-ils faire? Une loi pour les vaincus? Et pourquoi s'en donner l'embarras, descendre à un tel soin? Dans les temps modernes, l'exercice de la souveraineté est considéré comme une administration ayant pour but la justice et l'utilité publique. Mais ce n'était pas là l'idée des conquérants barbares : la souveraineté sur les vaincus était pour eux un droit de possession et non un ministère.
Telles sont, à mes yeux, les causes générales de la faculté laissée aux vaincus de suivre la loi romaine; les diverses circonstances dans lesquelles se trouvèrent les barbares sur les divers territoires occupés par eux donnent ensuite les raisons particulières des différentes modifications que subit cette concession.