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CHAPITRE IV

d'une opinion moderne sur la bonté morale des lombards.

Peu après le commencement du siècle dernier, quelques écrivains portèrent sur les barbares qui ont envahi l'empire romain un jugement beaucoup plus favorable que celui qui avait prévalu dans l'opinion commune ; et les Lombards, en particulier, trouvèrent non-seulement des apologistes, mais des panégyristes célèbres. Le sentiment de ces derniers fut, dès lors, presque généralement suivi par les écrivains postérieurs, et devint une espèce de mode. Parmi les causes nombreuses de cette petite révolution d'idées, il faut certainement compter l'ennui insupportable qui devait finir un jour par naître de l'ancienne opinion, toujours admise sans examen et sans cesse répétée par

une foule de prosateurs qui, pour la force de l'argumentation, ne le cédaient en rien aux poètes, et par une foule de poètes qui, pour la ferveur de l'enthousiasme, ne le cédaient guère aux prosateurs : poètes et prosateurs qui, depuis des siècles, déploraient de père en fils l'invasion des barbares, le sceptre du monde arraché de la main de la reine du Tibre, les arcs renversés, la civilisation détruite, et qui, à grands coups de pinceau, peignaient les barbares comme des êtres féroces, inhumains, grossiers, de vraies bêtes fauves. Quelques-uns de ces esprits, toujours peu nombreux, qui n'aiment pas les jugements sans discussion, les résultats sans analyse, se mirent alors à fouiller dans cette barbarie ; et il est naturel qu'ils aient été disposés à en tirer une opinion nouvelle et à s'y arrêter, comme le malade longtemps couché sur le même côté cherche un moment de repos sur l'autre.

Quoi qu'il en soit, cette opinion de la bonté morale des Lombards et de leur douce manière de vivre et de laisser vivre autour d'eux a pour fondement principal le fameux passage de Paul de Warnefrid : « — Et il y avait, dit-il, « cela d'admirable dans le royaume des Lombards, qu'il « ne s'y commettait aucune sorte de violence, qu'on ne « dressait aucun piège, que nul n'y établissait d'impôts « arbitraires, que personne n'y dépouillait son prochain ; « point de vols, point de brigandages : chacun, tranquille « et sans crainte, s'en allait où bon lui semblait1, »

Giannone rapporte ce passage comme la déposition d'un témoin2. Muratori, qui le soutient contre une objection de Baronius, observe que les maux causés par les Lombards dans les pays ennemis ne prouvent rien contre l'assertion de Paul, que dans leur royaume on jouît de cette enviable tranquillité, et pour ne rien dire de beaucoup d'autres, Denina cite aussi ce passage comme une preuve; toutefois

1. Erat sane hoc mirabile in regno Langobardorum : nuUa erat violentia, nullœ struebantur insidiœ, nemo aliquem iûjuste angariabat, nemo spoliabat, non erant furta neque latrocinia, unusquisque quod libebat , securus sine timoré pergebat. — PaulDiac, lib. III, c. 16»

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