INTRODUCTION. XXIII
parer quelque part à deux immenses colonnes destinées à soutenir le portique d'un temple qui n'a jamais été construit* Elles attestent du moins avec grandeur que l'Italie a tenu glorieusement sa place dans ce vif mouvement de reforme dramatique qui, parti de l'Allemagne, a marqué dans le reste de l'Europe, et chez nous en particulier, le premier tiers de ce siècle. Si le poëte, avec ses deux tragédies, eut résolument abordé la scène italienne, d'autres tentatives auraient suivi sans doute, et le drame nouveau était fondé. Mais, en y regardant de près, on ne voit pas que le génie italien ait éprouvé le besoin de se produire au théâtre avec cette liberté puissante, et le public lui-même parait s'y être contenté sans grand regret des quelques tentatives honorables qui lui ont été soumises. Quant à celles de Manzoni, reléguées dans ses œuvres, elles y resteront comme deux magnifiques pierres d'attente, ou, si l'on veut, comme un généreux défi à l'avenir.
Dans le récit de cette visite que M. Cousin fit à Gœthe, en janvier 1825, et dont on a extrait la partie relative à Manzoni, le philosophe continue :
a Je lui appris que Manzoni faisait un roman où il serait plus fidèle à 1 histoire que Walter Scott, et appliquerait à la rigueur son système historique.
— Et quel est le sujet?
— Le seizième siècle à Milan.
— Le seizième siècle à Milan ! Manzoni est de Milan ; il aura bien étudié ce siècle. »
On sait, en effet, comment il l'étudia et quel chefd'œuvre sortit de ce nouveau labeur. Mais nous n'avons pas à reparler ici des Promesi sposi ; ce nous sera seulement une occasion de faire voir l'empreinte profonde que creuse à la longue dans le sol italien et dans les intelligences italiennes chacune des rares œuvres de Manzoni. De même qu'à l'entour de son double monument dramatique il a rassemblé ces notices et ces discours comme autant de postes avancés d'où il est facile d'en mesurer la hauteur et les proportions, de même d'autres et lui-même ont ajouté à l'intérêt des Fiancés par des ouvrages extérieurs qui rehaussent encore la portée historique et morale du roman. C'estainsique l'auteur lui-même, échappé tout ému