Anast. in Vitâ Zachariœ, Rer. It., t. III, p
nés de longue main l'orgueilleuse bassesse et l'irrésolution arrogante de leurs derniers empereurs, la succession et le retour périodique des irruptions barbares, le désarmement systématique et la pratique des arts de la mollesse où les condamnèrent les Goths, la domination grecque, qui n'avait de force que ce qu'il en fallait pour opprimer; ils étaient tels que les avaient faits des siècles à trembler et à se cacher, des siècles d'inertie sans repos, de souffrances sans dignité, de massacres sans batailles; des siècles où, pour faire que le nom romain devînt un titre de mépris et d'injure, ceux qui le portaient essuyèrent de plus rudes fatigues, des privations plus rigoureuses, se soumirent à une discipline plus inflexible, passèrent par des extrémités plus affreuses que leurs aïeux n'avaient fait pour rendre ce nom terrible et respectable à l'univers. Sans direction militaire et sans généraux, sans mémoires récents où puiser un peu de confiance, et privés de cette ardeur qui est en grande partie le fruit de toutes ces choses, comment auraient-ils pu résister au choc impétueux de ces bandes qui, dans les cités conquises, avaient gardé la discipline de leurs antiques forêts, qui avaient appris dès l'enfance tous les arts de la conquête, l'art d'épouvanter et de subjuguer les populations, et qui, depuis leur apparition en Italie, n'avaient pas, dans leurs traditions, le souvenir d'une victoire remportée sur eux par les Romains? Tout était donc pour ceux-ci découragement, angoisses, désespoir. Anastase, il est vrai, parle en diverses occasions de l'armée romaine; mais quelle était cette armée, et quelle était sa force? Pour en juger, il suffit de les voir, dans les conjonctures difficiles, ne fonder un reste de confiance que sur leur abaissement et leurs prières, ou sur le secours de l'étranger. Quand un peuple on est venu ou s'est laissé réduire à cette condition, il n'a plus rien à espérer, pas même la compassion et l'intérêt de la postérité. D'austères écrivains, tranquillement assis à leur foyer, les accusent devant elle amèrement et sans pitié. Et telle est leur aversion pour la lâcheté de ce peuple, que souvent ils excusent, ils louent même leurs persécuteurs, les regardent presque avec complaisance,
parce qu'il y a dans leur caractère quelque chose d'âpre et de résolu qui dénote une trempe énergique. Et cependant le plus vif sentiment d'aversion devrait être pour la volonté qui se propose le mal des hommes; et si profonde qu'ait été leur chute, un mouvement de joie devrait s'élever dans le cœur de tout mortel qui voit naître pour ses semblables l'espoir d'un adoucissement à leurs peines, sinon d'un retour à la vie.
Cette espérance, pour les Romains, résidait tout entière dans les pontifes. Rome, dépouillée de tout ce qui peut donner la considération, avait dans son sein un objet de vénération, de piété, souvent même de terreur pour ses ennemis; un personnage qui attirait sur elle, de presque toutes les parties du monde, un sentiment de respect et d'attente, et grâce à qui le nom romain était encore prononcé dans les occasions les plus graves. Et tandis qu'on eût vainement essayé de faire écouter et comprendre aux barbares, qui avaient leur système de droit public fondé sur la conquête, des motifs d'équité, de possession ancienne, de droit sur le sol, ce seul personnage, lui seul, pouvait prononcer des paroles qui devenaient un sujet d'attention et d'examen : c'était un Romain qui pouvait encore menacer et promettre. Vers cet homme devaient donc se tourner tous les vœux, tous les regards de ses concitoyens, et il en était ainsi. Témoins des tribulations de ce peuple infortuné, les papes demandaient ou force aux Grecs, ou pitié aux Lombards, ou aide aux Francs, selon que la condition des temps laissait espérer. davantage de l'un ou de l'autre recours. Le dernier fut le meilleur. Mais pourvoir si le résultat principal de l'intervention armée des Francs fut de satisfaire une ambition particulière des papes, ou de sauver toute une population, il suffit de regarder à la hâte en quelles occasions les Francs furent invoqués par les papes. Grégoire III écrit à Charles Martel pour implorer son secours, à l'époque où les armées des Lombards mettent à sac le territoire romain1. Etienne II a recours à Pépin,