‹ Théâtre et poésiesChapitre 212 sur 221 · SUR LA MORT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT

« d'un troupeau mercenaire, dédaignant les feuillages « arides et l'insipide nourriture du chaume, je m'é- « cartai de la crèche immonde, et m'abreuvai hardi- « ment aux sources de la fontaine d'Ascra ! Gomment « d'abord, disciple de tel dont je rougirais d'avoir été « le maître, je me tournai vers les génies sublimes de « l'antiquité, et m'épris pour eux d'un si grand « amour, que je croyais les voir en réalité, et m'en- « tretenir avec eux. Je ne veux pas souiller ta sainte « oreille du nom des lâches qui, ne sortant de leur « oisiveté que%pour mal faire, armèrent contre mon « nom l'infatigable calomnie. A leurs clameurs j'op- « posai le silence, et à leur haine le mépris. Je n'en « vois pas un dans le nombre qui soit digne de ma « colère ; aussi, le cœur léger, je retourne à mon che- « min, sans prendre garde à eux. Et maintenant dis- « moi, mais ne t'irrite pas, s'il est vrai, comme on « me l'a dit, que tu as eu peu d'estime pour la divine « harmonie des muses. »

Il sourit à demi, et répondit :

— - « Quiconque a fait du bien aux hommes par de ce nobles exemples ou par de sincères écrits a tou- « jours eu une haute place dans mon estime. Toujours a fut honoré par moi le nom de celui qui, le premier, « laissa dans les palais la profonde empreinte du co- « thurne italien ; qui, déchirant les manteaux d'or, c montra aux grands la plaie de leur cœur, et vengea « les petits1 ; et celui encore qui, sur sa lyre sans « tache, chanta pour moi : La rose recommence à « fleurir 2. De mon maître qu'il était il devint mon

1. Ces vers ne peuvent s'entendre que d'Alfieri. (lY. du Tr.)

2. Torna à Fiorir la Rosa, etc. C'est le premier vers d'une petite ode de Parim, qui a pour titre l'Éducation. — Joseph

DE CARLO IMBONATI. 869

« ami, el toujours j'éprouvai une admiration mêlée cle « respect et d'amour pour cette âme, l'école et l'arène « de la vertu. Mais je n'ai que mépris pour cette foule « que tu vois usurper un si beau nom, porter avec « elle sur le Pinde la fange du carrefour, son arro- « gance et ses vices; et que tu vois, avec sa renom- « mée perdue et son génie éteint, trafiquer hontcusc- « ment de l'éloge et de l'outrage. Insensés ! Recher- « chait-il l'ombre d'un ami puissant et des panégy- « ristes à gages, ce grand vieillard, à défaut d'yeux « doué d'un rayon divin d'intelligence, qui mendiait « par la Grèce en chantant ? Seules, ses fidèles amies « d'Ascra s'exilaient avec lui, et guidaient d'une main « vigilante ses pas mal assurés; puis, dès qu'il a dis- « paru de la terre, Àrgos le dispute à Athènes, et « Rhodes à Smyrne ; il ne connaît, lui, d'autre patrie « que le ciel. Mais vous qui survivez tant d'années à « vos ignobles écrits, tout ce qui vous attend, c'est « une obscure et honteuse vieillesse. »

Il se tut et secoua la tête, avec ce mouvement des lèvres et l'amère expression qui s'y grave, à la vue d'une chose qui nous inspire du dégoût. Son discours mit la joie dans mon âme et y réveilla une colère bien connue ; et je répliquai : — « Daigne me montrer la « voie afin que je puisse atteindre à la cime, ou, si je « tombe sur la pente, que du moins Ton dise de moi : « ilest tombé surlaroutequ'il s'était frayée lui-même.

— « Sentir, me répondit-il, et méditer ; te contenter « de peu; jamais ne détacher les yeux du but; con-

Parini, né en 1729, à Bosizio, dans le Milanais, et mort le 3 septembre 1799, est un poêle d'une exquise élégance. Son meilleur ouvrage est un petit poëme sur le Matin, auquel il ajouta deruis le Midi, le Soir et la Nuit (Ar. du Trad.)

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