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Sanuto, Vite dei duchi di Venezia. Rer. Ital. XXII

doge se prononça vivement pour le même parti; et la guerre fut résolue. La ligue des Vénitiens avec Florence et les autres Élats d'Italie fut proclamée dans Venise, le 27 janvier 1426; le 11 du mois suivant, Carmagnola fut nommé capitaine-général des armées de terre de la république, et le 15 il reçut des mains du doge le bâton et l'étendard du commandement devant l'autel de Saint-Marc.

Je passerai le plus rapidement qu'il me sera possible sur les événements de cette guerre deux fois interrompue par la paix, ne m 'arrêtant qu'aux faits qui ont servi de sujet à la tragédie.

« La guerre fut resserrée dans la Lombardie où elle fut vigoui\ reusement menée par Carmagnola, qui, en peu de mois, enleva i au duc beaucoup de pays avec la ville de Brescia, dont la prise, « à cette époque, et dans des guerres de cette nature, passe i pour admirable *. » Le pape intervint, c'était Martin V, et à la fin de cette même année un traité fut conclu, par lequel Philippe cédait aux Vénitiens Brescia et son territoire.

Pendant la seconde guerre (1427), Carmagnola mit en œuvre, pour la première fois, un stratagème de son invention : il consistait à fortifier son camp d'une double enceinte de chariots, avec trois arbalétriers sur chacun. Après nombre de petites escarmouches et la prise de quelques coins de terre, il vint camper, sous le château de Maclodio, dont la garnison tenait pour le duc. Philippe avait partagé le commandement de son armée entre quatre condottieri fameux, Francesco Angelo de la Pergola, Guido Torrelio, Francesco Slorza et INicolô Piccinino 2. La discorde s'étant mise enlre eux, le jeune Philippe envoya au camp avec de pleins pouvoirs Carlo Malatesti de Pesaro, d'une très-noble famille, mais dont le talent, dit Bigli,, ne répondait guère à tant de noblesse. L'historien ajoute que le suprême commandement délégué à Malatesti n'empêcha pas les rivalités entre condottieri. Dans le camp vénitien, au contraire, il n'en coûtait à personne d'obéir à Carmagnola, quoiqu'il eût sous ses ordres, pour commander après lui, de célèbres condottieri, même des princes, tels que Giovanni

t. Machiavel, ht. Fior., lib. IV.

2. Pour me conformer à la dignité poétique, j'ai dû changer le nom de ce dernier personnage qui, dans celte tragédie, s'appellera Fortebr\ccio ; c'est l'histoire même qui m'a suggéré ce changement, car Piccinino était le neveu de Braccio Fortebracci ; à la mort de son oncle, il le remplaça à la t&e des soldats de la faction Braccesca. (M.)

Francesco Gonzaga, seigneur de Manloue, Antonio Manfredi de Faënza et Giovanni Varano de Camerino.

Carmagnola sut pénétrer le caractère du général ennemi et en tirer parti ; il attaqua Maclodio tout à côté du camp de Philippe. Les deux armées se trouvaient séparées par un terrain marécageux, sur lequel passait une route élevée en manière de chaussée; au milieu des marais se dressaient çà et là quelques broussailles, enracinées dans un fond plus solide. Le comte y cacha des embuscades, et se mit à provoquer l'ennemi. Dans le camp milanais, les avis étaient divisés : les récits des historiens ne le sont guère moins; mais l'opinion qui semble avoir le plus de partisans est que ïorello et Pergola, soupçonnant des embûches, conseillèrent de ne pas livrer bataille, tandis que Sforza et Piccinino la voulaient à tout prix. Carlo fut du parti de ces derniers ; il attaqua et fut complètement battu. Son armée arrivait à peine en face de l'ennemi, qu'elle fut assaillie des deux côtés par les troupes qui débouchaient des embuscades, et on lui prit, les uns disent cinq, les autres huit mille prisonniers. Le général en chef fut du nombre, les quatre autres s'échappèrent comme ils purent.

Un fils de Pergola se trouva parmi les prisonniers.

La nuit qui suivit la bataille, les soldats vainqueurs laissèrent en liberté presque tous les prisonniers. Les commissaires de Venise s'en plaignirent au comte; il demanda ce qu'étaient devenus ceux qu'on avait pris, et quand il lui fut répondu qu'on les avait tous mis en liberté, à l'exception de quatre cents, il fit aussi relâcher ceux-ci, suivant l'usage *.

Un historien qui ne se bornait pas à écrire, mais qui lui-même avait pris parti dans ces guerres de son temps, Andréa Redusio, est aussi, que je sache, le seul qui ait indiqué le véritable motif de cet usage militaire d'alors. Il l'attribue à la crainte qu'avaient les soldats de voir trop tôt se terminer les guerres, et de s'entendre crier par les peuples : A la charrue les soldats2!

La seigneurie de Venise fut piquée de ce procédé du comte et en prit ombrage, en quoi je trouve qu'elle eut tort. En prenant à sa solde un condottiere, elle devait s'attendre qu'il ferait la guerre selon les lois de la guerre généralement suivies alors. Elle

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