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Ad ligonem stipendiant. Chron. Tarv. Rer. Ital, XIX

ne pouvait prétendre sans indiscrétion qu'il se hasardât à réformer un usage si utile et si cher aux soldats, et qu'en s'exposant à devenir odieux à toute Tannée, il se privât de tout appui. On pouvait bien exiger de lui le zèle et la fidélité, mais non un dévouement sans bornes,- il n'appartient qu'à une cause que l'on embrasse par enthousiasme et par devoir. Au surplus je ne vois pas qu'après les premières observations des commissaires, le gouvernement vénitien ait adressé à Carmagnola d'autres plaintes sur le même objet; il n'est parlé, au contraire, que d'honneurs et de récompenses.

Au mois d'avril 1428, fut conclu, entre le duc et les Vénitiens, un nouveau traité de paix, comme il s'en faisait beaucoup alors.

La guerre ayant éclaté de nouveau en 1431 n'eut pas pour le comte d'aussi heureux commencements que les deux précédentes. Le châtelain qui occupait Soncino pour le duc feignit de vouloir rendre son château par trahison à Carmagnola. Ce dernier s'y rendit avec une partie de ses troupes, donna dans un piège où il laissa prisonniers, au dire de Bigli, six cents chevaux et beaucoup de fantassins, ayant eu lui-même grand'peine à se sauver.

Peu de jours après, Nicolô Trevisani, capitaine de la flottille vénitienne sur le Pô, se vit aux prises avec les galions du duc cle Milan. Piccinino et Sforza, en ayant l'air de vouloir attaquer Carmagnola, l'empêchèrent de se porter au secours de l'armée navale et ne laissèrent pas d'embarquer une grande partie de leurs troupes de terre sur les galères de Milan. Lorsque le comte s'aperçut de la ruse et courut pour soutenir les siens, la bataille était déjà près de l'autre bord. La flotte vénitienne fut mise en déroule et son capitaine prit la fuite sur une misérable barque.

Les historiens de Venise accusent ici Carmagnola de s'être entendu avec l'ennemi, pour ne pas aller au secours des navires. Les écrivains qui n'ont pas pris la triste tâche de justifier ses meurtriers semblent plutôt lui reprocher de s'être laissé abuser par un stratagème. Il paraît certain que la conduite de Trevisani fut imprudente d'abord et ensuite irrésolue pendant la bataille1. Il

1 . « Le 13 juillet, Mcolo Trevisani, qui avait été capitaine de la flottille, « ayant été sommé de comparaître et n'ayant point paru, les avogadores « de la commune se réunirent au conseil du sénat et se mirent en devoir « de procéder contre lui, pour s'être laissé battre sur le Pô par les galères « du duc de Milan, le 21 juin précédent, à la honte de la seigneurie, et

fui exilé et ses biens confisqués, « et le capitaine-général, accusé « de n'avoir point prêté assistance à la flotte, reçut par lettre du a sénat une légère réprimande1. *

Le 18 octobre, Carmagnola donna l'ordre à Cavalcalbô, un de ses condottieri, de surprendre Crémone. Celui-ci s'empara d'une partie de la ville; mais les habitants s'étant levés en masse, il dut abandonner l'entreprise et retourner au camp.

Carmagnola ne jugea pas opportun d'aller avec le gros de l'armée soutenir ce coup de main, et il me paraît étrange que le gouvernement de Venise le lui ait reproché comme une trahison. La résistance probablement inattendue que Cavalcalbô rencontra dans le peuple explique fort bien pourquoi le comte ne s'obstina pas à attaquer une ville qu'il avait espéré occuper tranquillement et par surprise. La trahison n'explique rien. On ne voit pas dans quel but Carmagnola aurait ordonné l'expédition, qui, après tout, si elle fut inutile aux Vénitiens, ne leur causa du moins aucun dommage, la troupe qui l'avait vainement essayée étant revenue saine et sauve dans le camp.

Mais la seigneurie, décidée, suivant l'expression de Navagero, à se débarrasser de Carmagnola, pensa au moyen de le tenir désarmé entre ses mains. Elle n'en trouva pas de meilleur ni de plus sûr que de l'inviter à se rendre à Venise, sous prétexte de le consulter sur la paix. Il se mit en route sans soupçon, et pendant tout le voyage, ce ne furent qu'honneurs extraordinaires rendus à lui et à Francesco Gonzaga qu'il avait choisi pour l'accompagner. Tous les historiens, même ceux de Venise, sont d'accord sur ce point; il semble même qu'ils se complaisent à raconter la manière dont on s'y prit, comme un bel exemple de ce qu'on appelait autrefois prudence et vertu politique. Arrivé à Venise « huit gentilshommes furent envoyés au-devant de lui, avant qu'il ne descendît à sa maison, et l'accompagnèrent à Saint- Marc2. » Dès qu'il eut été introduit dans le palais ducal, on renvoya ses gens en leur disant que le comte avait à rester longtemps avec le doge. Il fut arrêté dans le palais et conduit en prison. On le fit interroger par une commission, que Navagero [ appelle collège secret ; et condamné à mort, il fut mené le 5 mai [

« pour n'avoir pas fait son devoir, pour s'être lui-même lâchement com- 1 « porté, enfin pour avoir excité les autres à fuir avec lui. » Sanuto, 1017. F

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