IV MANZONI
Rien néanmoins ne fut négligé pour son éducation; elle fut commencée à Milan sous les yeux d'une mère qu'il a pieusement célébrée, et fut ensuite, je crois, achevée à Pavie. A l'époque où il entra dans le monde, le plus austère représentant de la tragédie classique, Alfieri, venait de mourir à Florence. Mais, à Milan, Monti était encore dans toute la vigueur de son talent. Toutefois ses tragédies n'étaient pas son titre le plus durable; plus de renommée s'attachait à sa traduction d'Homère et à ses autres poèmes. Foscolo, tout d'abord populaire pour ses dernières Lettres cïOrtis, écrivait sa grande élégie des Tombeaux, et le plus jeune des Pindemonte lui empruntait son titre pour lui répondre dans le môme rhythme, mais sur un ton plus pathétique et plus doux. Parmi enfin, l'auteur de ce délicieux poème du Matin, enchantait encore par l'harmonie de ses vers les imaginations italiennes. Manzoni grandit au milieu de ces poétiques influences; mais elles n'étaient pas pour le retenir longtemps dans les voies faciles de l'imitation. Deux morceaux élégiaques, Uranie et Carlo ïmbonati, témoignent seuls de cette première phase de son talent. De bonne heure il échappait à ses maîtres, ne conservant de leurs leçons que ce respect pour le beau langage, et ces sévères habitudes de style qui ne l'ont jamais abandonné. Un voyage qu'il fit en France vers 1805, en élargissant l'horizon de ses idées, dut contribuer aussi à fortifier l'indépendance naturelle de son esprit. Enfant encore, il avait assisté, en Italie, aux prodiges de l'épée de Napoléon; jeune homme, il retrouvait assis sur le premier trône du monde le soldat de Lodi. Aussi, lorsque, après Sainte-Hélène, il écrivit son ode sur le CrNQ mai, trouva-t-il. pour exprimer les grandes vérités communes, un accent ému qu'il devait sans doute en partie aux souvenirs de sa jeunesse.
Cette ode est, dans l'ordre des temps, une des dernières œuvres deManzoni;de 1 8 J 2à 1823, il publia successivement ses Hymnes sacrés qui, rapprochés l'un de l'autre, forment dans leur ensemble comme une épopée lyrique des solennités du catholicisme. On a souvent comparé Manzoni à l'auteur des Méditations; mais s'ils puisent ordinairement leurs inspirations à la même source, tout autre est le pro-