‹ Théâtre et poésiesChapitre 5 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. V · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. V

codé de leur génie. Lorsque. M. de Lamartine s'empare de l'un des dogmes du christianisme, loin de s'enfermer dans la lettre, il se donne carrière, et môle à ses croyances des impressions toutes personnelles: il y a toujours de l'homme dans le chrétien. Chez Manzoni, au contraire, l'ode religieuse conserve quelque chose de sacerdotal, et pourrait, au besoin, se chanter dans les fêtes de l'Église. Tandis que M. de Lamartine ne renonce jamais à certaines hardiesses de pensée, l'illustre Italien semble toujours s'être souvenu du voisinage de Rome : modératrice auguste de toutes ses pensées, Rome les élève et les contient. L'originalité de ses hymnes est précisément dans cette inspiration toujours maîtresse d'elle-même, et qui répand les images les plus audacieuses de la poésie sur la confession d'une foi simple et orthodoxe. « Ces odes, a dit Goethe, prouvent qu'un « sujet maintes fois traité et une langue travaillée pente dant des siècles reprennent la fraîcheur de la jeunesse, « lorsqu'un esprit jeune et frais s'empare de ce sujet et « se sert de cette langue. » Rien d'apprêté cependant, et, si j'ose parler ainsi, rien d'alexandrin clans la forme. Le catholique sincère s'est trouvé un grand poète, voilà tout le secret.

A la même époque appartient sans doute encore un écrit de Manzoni qui n'a guère été connu en France que dans ces dernières années. Il a pour titre : Observations sur la morale catholique. C'est une réponse au célèbre auteur de l'Histoire des républiques italiennes. Trop préoccupé de certaines idées philosophiques qui attestent la vigueur et aussi la libéralité de son esprit, mais qui nuisent souvent à la vérité et à la couleur de ses ouvrages, M. de Sismondi avait accusé le catholicisme de s'être fait, au moyen âge, le complice de la corruption des âmes et de l'oppression des peuples. Manzoni répondit à ces assertions par une brochure qui est un livre. « La réfutation, dit-il dans sa « préface, embrasse plus de choses que le passage réfuté. « Mais il m'a paru que l'unique moyen d'arriver à un ré- « sultat utile, c'était d'élever la question à un point de vue « plus général. » Et c'est ce qu'il fait avec une érudition remarquable, un vif talent de discussion et une puissante autorité de doctrine.

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