‹ Théâtre et poésiesChapitre 45 sur 221 · SCENE V MARCO et LE COMTE · texte numérisé non relu

SCENE V MARCO et LE COMTE

LE COMTE

0 doux ami, eh bien! quelles nouvelles du sénat?

MARCO

La guerre est résolue, et tu es le chef.

LE COMTE

Marco, jamais je n'apportai à une entreprise plus d'ardeur qu'à celle-ci. Vous mettez en moi une haute confiance; j'en serai digne, je le jure. Ce jour doit fixer le destin de ma vie entière. Puisque cette noble terre m'a recueilli dans son sein antique et glorieux et m'a donné le nom de son fils, je veux l'être à jamais, et je consacre pour toujours cette épée à sa défense et à sa grandeur.

g£ CARMAGNOLA.

MARCO

Douce résolution I Veuille le ciel que la fortune n'y mette jamais obstacle — ou toi-même t

LE COMTE

Moi î comment?

MARCO

Comme tous les grands cœurs, qui, en se dévouant aux autres, se sont toujours nui à eux-mêmes, et qui, après être arrivés par tous les sentiers au terme des plus rudes entreprises, sont tombés à l'endroit que le dernier des mortels eût aisément franchi. Crois-en un homme qui t'aime — la plupart de nos concitoyens sont tes amis, mais tous ne le sont pas. Je n'en dis pas davantage, je ne le puis, et déjà peut-être en aije trop dit. Mais ma parole restera ensevelie dans l'oreille d'un ami comme dans le sanctuaire de mon cœur.

LE COMTE

L'ignoré-je donc? et ne pourrais-je ici te nommer l'un après l'autre les ennemis dont tu parles?

MARCO

Et sais-tu ce qui les a faits tes ennemis — d'abord ton immense supériorité sur eux, et ensuite le mépris que tu leur as ouvertement témoigné en toute rencontre. Nul encore ne t'a nui — mais qui ne peut nuire avec le temps ? Tu ne penses à eux que le jour où tu les trouves sur ton chemin, mais eux, ils pensent à toi plus que tu ne l'imagines. Un grand cœur dédaigne et oublie, mais le lâche se réjouit dans la haine. — N'irrite pas cette haine, cherche plutôt à l'éteindre; tu le pourras peut-être. Je ne te conseille pas ces vils artifices que je dédaignerais moi-même, et ce n'est pas là le conseil que tu attends de moi: mais entre l'insou-

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