X MANZONI
grand esprit de l'Italie. Mais l'Italie n'est-elle donc pas la patrie de Yico?
Il est un dernier livre de Manzoni, le plus populaire de tous, où se rencontrent dans un harmonieux accord les qualités diverses de son talent : je veux parler de son roman des Fiancés. Du drame historique au roman fondé sur l'histoire la différence est grande au fond; toutefois de l'un à l'autre la pente est glissante, et, à ce qu'il paraît, la tentation irrésistible. L'auteur de Marion de Lorme a donné Notre-Dame; après Cinq-Mars, M. de Vigny a composé la Maréchale d'Ancre, et avant les Puritains Walter Scott avait écrit Halidon-Hill. Comme ses illustres contemporains, Manzoni a son roman; mais, si le genre est le même, rien ne se ressemble moins que les ouvrages.
Walter Scott, amoureux de ses montagnes, de ses lacs, de toute cette poésie de la vieille Ecosse, éprouve le besoin d'en sauver au moins une image, avant qu'elle achève de s'effacer. Il se hâte de ranimer ses passions éteintes, de lui rendre ses mœurs, de la parer encore une fois du costume que demain peut-être elle ne portera plus. Mais, peu préoccupé des enseignements de l'histoire, c'est pour ellemême qu'il l'aime, etil se borne à la peindre. La leçon morale et la conclusion historique ressortent du tableau, si elles peuvent. Pour lui, il aimait trop ce passé qui s'en va pour prendre à l'avenir un intérêt bien vif.
Le domaine de Victor Hugo, c'est le moyen âge, et vous savez avec quelle puissance il l'a groupé tout entier autour de Notre-Dame. Mais, dans ce formidable tourbillon des choses, la personnalité humaine a disparu, ou si, de loin en loin, elle se remontre et se soulève, c'est pour venir se briser misérablement contre ce mot terrible écrit en tête du livre, comme sur le mur de la cellule del'archiprêtre: fatalité ! Le poëte-historien a contracté quelque chose de la dureté delà pierre. Éclosed'unepenséetitanique, son œuvre est grande, mais désolante; car elle ne reconnaît de Dieu que la fatalité qui est, au fond, la négation de tout espoir.
En se rapprochant de deux siècles du temps où nous vivons, M. de Vigny s'est aussi en quelque sorte rapproché de l'humanité, et dans son livre on respire un air de ce monde. Il a envisagé la France au moment où elle sortait