ACTE V, SCENE III
vous ne répondez pas ! Oh! ciel! votre air annonce un malheur.
GONZAGA
Ah! il n'annonce que trop bien la vérité.
MATHILDE
Un malheur! pour qui?
GONZAGA
0 femmes infortunées ! pourquoi m'imposait-on une tâche si cruelle?
ANTONIETTA
Ah ! vous voulez être compatissant, et vous êtes cruel : ne nous faites plus trembler. Au nom de Dieu, parlez : où est mon époux?
GONZAGA
Que le ciel vous donne la force de m'écouter... Le comte...
MATHILDE
Il est peut-être retourné au camp?
GONZAGA
Hélas ! il n'y retournera plus : il a encouru la disgrâce de la seigneurie : il est arrêté.
ANTONIETTA
Il est arrêté! Pourquoi?
GONZAGA
Ils l'accusent de trahison.
ANTONIETTA
Lui, un traître!
MATHILDE
0 mon père !
ANTONIETTA
Mais achevez : nous sommes prêtes à tout : que lui feront-ils? <
GONZAGA
Vous ne l'entendrez pas de ma bouche.
ANTONIETTA
Ah! ils Font tué!
GONZAGA
Il vit; mais la sentence est prononcée.
ANTONIETTA
Il vit? Ne pleure pas, ma fille, c'est le moment d'agir. Gonzaga, par pitié, ne vous lassez pas de notre malheur; le ciel vous confie deux tristes délaissées. — Il était votre ami : — Allons, conduisez-nous vers les juges. Viens avec moi, pauvre petite innocente. Oh! viens! — il est encore de la pitié sur la terre; — ils ont aussi des femmes et des enfants. Pendant qu'ils écrivaient l'abominable sentence, il ne leur est pas venu à l'esprit qu'il était époux et père; — quand ils verront quelle douleur a causée une parole sortie de leur bouche, ils en frémiront eux-mêmes. Oh! ils ne pourront s'empêcher de la révoquer : — l'aspect de la douleur est terrible à l'homme. — Peut-être le héros n'at-il pas daigné se justifier, leur rappeler ce qu'il a fait pour eux : nous saurons, nous, le rappeler. Ah! sans doute il n'a point prié; mais nous, nous pourrons prier....
(Elle va pour sortir.) GONZAGA.
Oh! ciel! que nepuis-je vous laisser au moins cette espérance! toutes prières seraient inutiles : ici les juges sont sourds, implacables, — inconnus : la foudre tombe, la main qui la lance reste cachée dans les nuages. Une seule consolation vousk est accordée, la triste consolation de le voir, et je vous l'apporte. Mais le temps presse : prenez courage; l'épreuve est ter-