‹ Théâtre et poésiesChapitre 81 sur 221 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

vous ne répondez pas ! Oh! ciel! votre air annonce un malheur.

GONZAGA

Ah! il n'annonce que trop bien la vérité.

MATHILDE

Un malheur! pour qui?

GONZAGA

0 femmes infortunées ! pourquoi m'imposait-on une tâche si cruelle?

ANTONIETTA

Ah ! vous voulez être compatissant, et vous êtes cruel : ne nous faites plus trembler. Au nom de Dieu, parlez : où est mon époux?

GONZAGA

Que le ciel vous donne la force de m'écouter... Le comte...

MATHILDE

Il est peut-être retourné au camp?

GONZAGA

Hélas ! il n'y retournera plus : il a encouru la disgrâce de la seigneurie : il est arrêté.

ANTONIETTA

Il est arrêté! Pourquoi?

GONZAGA

Ils l'accusent de trahison.

ANTONIETTA

Lui, un traître!

MATHILDE

0 mon père !

ANTONIETTA

Mais achevez : nous sommes prêtes à tout : que lui feront-ils? <

GONZAGA

Vous ne l'entendrez pas de ma bouche.

ANTONIETTA

Ah! ils Font tué!

GONZAGA

Il vit; mais la sentence est prononcée.

ANTONIETTA

Il vit? Ne pleure pas, ma fille, c'est le moment d'agir. Gonzaga, par pitié, ne vous lassez pas de notre malheur; le ciel vous confie deux tristes délaissées. — Il était votre ami : — Allons, conduisez-nous vers les juges. Viens avec moi, pauvre petite innocente. Oh! viens! — il est encore de la pitié sur la terre; — ils ont aussi des femmes et des enfants. Pendant qu'ils écrivaient l'abominable sentence, il ne leur est pas venu à l'esprit qu'il était époux et père; — quand ils verront quelle douleur a causée une parole sortie de leur bouche, ils en frémiront eux-mêmes. Oh! ils ne pourront s'empêcher de la révoquer : — l'aspect de la douleur est terrible à l'homme. — Peut-être le héros n'at-il pas daigné se justifier, leur rappeler ce qu'il a fait pour eux : nous saurons, nous, le rappeler. Ah! sans doute il n'a point prié; mais nous, nous pourrons prier....

(Elle va pour sortir.) GONZAGA.

Oh! ciel! que nepuis-je vous laisser au moins cette espérance! toutes prières seraient inutiles : ici les juges sont sourds, implacables, — inconnus : la foudre tombe, la main qui la lance reste cachée dans les nuages. Une seule consolation vousk est accordée, la triste consolation de le voir, et je vous l'apporte. Mais le temps presse : prenez courage; l'épreuve est ter-

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