‹ Théâtre et poésiesChapitre 82 sur 221 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

La prison.

A cette heure, elles le savent. — Oh! pourquoi du 'moins n'ai-je pu mourir loin d'elles ! La nouvelle leur en viendrait horrible, il est vrai, mais l'heure solennelle de la douleur serait passée; — et à présent la voilà devant nous : il faut vider la coupe lentement et ensemble! — Oh! vaste horizon des plaines! lumière éclatante du soleil! ô bruit des armes ! ô joies du danger ! ô trompettes! ô cris des combattants! ô mon destrier! c'est parmi vous qu'il était beau de mourir! — Mais quoi! — Je marcherai donc de mauvaise grâce au-devant de mon sort, contraint et dans l'attitude d'un coupable, répandant sur le chemin des vœux impuissants et de misérables plaintes! Et Marco! lui aussi! il m'aurait trahi! Oh! vil soupçon! oh! doute! que ne puis-je m'en délivrer avant de mourir! — Mais non; — pourquoi de nouveau se reprendre à la vie et reporter encore son regard en arrière, quand le pied ne peut y revenir? — Et toi, Philippe, tu vas te réjouir! — Qu'importe? Je les ai aussi éprouvées, ces joies impies : je sais maintenant ce qu'elles valent. — Mais les revoir! mais entendre leurs gémissements! entendre le dernier adieu de ces voix aimées ! me retrouver dans leurs bras, et — m'en arracher pour

toujours! Les voici! ô mon Dieu! jette du ciel sur elles un regard de pitié !

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