SCÈNE IV
RAOUL> Tivement.
En vérité !
d'havregourt.
Et je profite de ma liberté pour venir embrasser ma nouvelle nièce... elle doit être charmante.
RAOUL, avec embarras.
Ah! oui, mon oncle !
d'iiàvregourt.
Elle a de qui tenir!., la marquise de Lesparre, sa mère, était autrefois, dans nos Flandres, célèbre par sa beauté... beauté fière et superbe... t^aractèrc idem...
RAOUL, vivement.
Vous l'avez connue?..
d'havregourt.
J'ai failli l'épouser!., mais sa passion de dominer, de commander!..
RAOUL
Vous avez bien raison !
d'havregourt.
En tout cas, ce n'est' pas elle que tu as épousée... c'est sa fille, dont chacun m'a vanté la douceur et la bonté.
RAOUL, ayee embarras.
Aussi, mon oncle... je l'aime, je l'adore!
d'havregourt.
Oh! je l'ai bien vu, dès le début... par les quatre pages... de passion, de descriptions et points d'admiration, que je recevais de toi chaque jour. Je n'ai pas osé te le dire^ mais cela m'eflrayait.
RAOUL
Et pourquoi?
d'havregourt.
J'ai toujours peur des excès !
RAOUL
Est-ce qu'on peut trop aimer sa femme?
d'havregourt.
Mais oui!., en ménage, vois-tu bien... il faut tout économiser... mêpie l'amour... parce qu'à la longue... les plus riches n^y tiendraient pas.
RAOUL
Âh^ mon oncle... vous raisonnez en garçon... en vieux garçon !
o8 UNE FEMME QUr SE JETTE PAK LA FENÊTRE.
d'hayrecocrt.
Non... mais en homme prudent qui sait compter et prévoir l'avenir. C'est dès le premier mois, dès la lune de miel, qu'il faut se montrer en ménage, tel qu'on sera toujours ; et si vous êtes trop aimable, trop complaisant, trop obéissant... malheur à vous ! On en prend acte.., on se persuade que cela doit toujours être ainsi, et s'il vous arrive de vous ralentir
. (eq confidence.) OU de VOUS négliger, on s'écrie : (Voîx de femme.)
11 est changé, il ne m'aime plus !
raool. '
Vous croyez?
d'havrecoort.
C'est immanquable... mais si ton système t'a réussi... n'en parlons plus ! reçois-en mes compliments et présente-moi à ta femme... (Faisant on pas vers le pavillon.) Eh bien! est-ce que cela t'embarrasse?., est-ce qu'on ne peut pas voir ta femme? estce que l'excès de la passion t'aurait rendu jaloux... jaloux de moi?..
RAOUL, avec embarras.
Non, mon oncle... je ne sais comment vous dire que je n'habite plus le château, mais ce pavillon... où, à présent, je suis seul...
D'HAYREGOURT, «tonné.
Pour le jour seulement... cabinet de travail.
RAOUL
Eh non ! la nuit aussi !
d'havrecourt.
Par exemple !
RAOUL, aveo chaleur.
Oui, mon oncle... mon bon oncle.
Air : Restez, restez, troupe jolie.
Vous pensiez voir ici l'emblème Du bonheur sur terre... Eh bien, non!
Mon ménage... c'est l'enfer même !
Je suis maUieureux!
d'havrecourt.
Parlftflbnc !
Dis-moi tout ! à moi vieux garçon !
Si j'ai su fuir dii mariage Les orages et les dangers,