‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 34 sur 211 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

(Lc pressant dans ses bras.) J*y compatis, et du rivage Je tends la main aui naufragés.

(Allant s'asseoir sur le banc de gazon.) AllonS, allonS, viCDS me

conter cela.

BAOCL^ avee agitation, et s'asseyent prés d« lui.

Eh bien! mon oncle... vous savez que lorsque j'épousai Gabrielle, il y avait un an et plus que je lui faisais la cour, et j'étais devant elle en admiration... en extase; j'étais si heureux de l'avoir obtenue et de pouvoir dire : Ma femme ! qu'il me semblait impossible de payer un tel bonheur par trop de complaisance et de dévouement,

D'hAVRECOURT, froidement, et prenant une prise de tabac.

Première faute.

RAOUL

Mais non... car tous ses caprices me semblaient à moi adorables, il ne m'en coûtait rien d'y céder... au contraire, je trouvais dans l'empire qu'elle exerçait sur moi un charme inexprimable... j'étais content de lui obéir, d'être son esclave, de passer ma vie à ses pieds.

D'hAVRECOURT, de mime.

Seconde faute.

RAOUL

C'est possible... mais Gabrielle était si belle, si séduisante... elle avait des coquetteries conjugales si charmantes, des petites mutineries si délicieuses... Vous ne savez pas, mon oncle, ce que c'est qu'une jeune et jolie femme qui, penchée sur votre épaule, vous dit, moitié riant, moitié suppliant : (imitant SB femme.) Si VOUS m'aimez. Monsieur... si vous m'aimez!..

d'HAVRECOURT, imitant la voix de femme.

Vous serez extravagant I vous serez absurde ! (voix naturelle.) troisième faute !

RAOUL

Ah! ne les comptez plus, mon oncle.., vous ne pourriez pas en venir à bout. Le second mois seulement, je m'aperçus que Gabrielle (que, jusqu'alors, j'avais crue parfaite...) pouvait bien avoir... (cherchant.) quelques légers... défauts.

d'HAVRECOURT.

Parbleu!., elle avait tous ceux que tu lui avais donnés.

RAOUL

Et le premier jour où je hasardai un autre avis que le

sien... le mot que vous avez prononcé tout à l'heure et qui m'a fait tressaillir... ce mot fatal s'échappa de ses lèvres : Ah ! Raoul... vous ne m'aimez plus!.. Moi ! m'écriai-je... ah! fais plutôt tout ce que tu voudras... commande, ordonne...

d'uàvregourt.

Ah! c'est fini! anarchie complète^ plus de gouvernement possihle!

RAOUL

Sa mère, qui me donnait toujours tort, sa mère était venue passer quelques jours au château avec nous.

D'hAVRECOURT, effrayé.

Avec vous ! (ll« se lèvent.)

RAOUL

Air de Turenne.

Impossible de s'y soustraire.

Ma femme, hélas! a si boa cœur!

Elle avait voulu que sa mère

Fût témoin de notre bonheur !

D'HAVRECOURT, raillant.

Le témoin de votre bonheur !

Très-bon moyen pour que la paix s'en aille.

Témoin pareil à ceux du bon vieux temps!..

Qui prenaient soin d'armer les combattants...

(Riant.)

Et se mêlaient à la bataille !

RAOUL

Aussi, depuis ce jour il n'y a plus eu moyen de s'entendre! et honteux enfin de ma faiblesse, je résolus de saisir la première occasion, n'importe laquelle, de montrer du caractère et de reprendre mon autorité.

d'havrecodrt.

Bonne idée !

RAOUL

Bien mauvaise, mon oncle. Nous étions invités dans un château voisin à une fête, à un bal... où devait se trouver madame de Nanteuil, une jeune et jolie femme dont Gabrielle était jalouse... grâce à ma belle-mère, car je ne la regardais seulement pas. , Gabrielle refusa de paraître à ce bal... et me défendit d'y aller.

d'havrecourt.

C'était dans l'ordre.

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