SCÈNE V
moi^ j'aime roa femme... elle est jeune, elle est jolie... elle est ravissante... demandez à Jeanne? et depuis que nous sommes brouillés... et séparés. . il me semble que je l'aime deux fois plus! oui, ce mois de guerre m'a paru un siècle. J'aime mieux la paix... la paix à tout prix... Mais vous, mon oncle, vous ne comprendrez jamais cela.
d'hayregourt.
C'est possible ! je n'entends rien en mariage, mais je m'entends en émeute et en révolte ! je t'ai parlé de celle de mes ouvriers...
RAOUL
Oui, mon oncle!., mais il n'y a là aucun rapport...
d'havregodrt.
Mais au contraire ! c'est exactement la même chose. Je n'aimais pas plus que toi la guerre... car elle me ruinait! mais, si j'avais cédé, elle aiu*ait recommencé tous les jours... si j'avais demandé grâce, tout le monde aujourd'hui dans ma manufacture serait maître, excepté moi... (Froidement.) Exemple pour ton ménage... (a Jeanne.) Voyons, qu'a-t-on répondu?
JEANNE
Rien... ma marrainç n'était pas seule... elle était avec sa mère... madame la marquise, laquelle s'est emparée de la lettre.
RAOUL , arec indignation.
Par exemple!
d'havregodrt. '
Tu vois?..
JEANNE
Mais, Madame, que je lui ai dit... c'est de Monsieur... Monsieur qui est notre maître... Monsieur qui écrit à sa femme... et pas à une autre.
D'hAVRECOURT, frappant avee sa canne.
Trè^-bien, madame Shoppen.
JEANNE
Là-dessus et sans me répondre, elle m'a jeté un de ses regards (changeant de ton.) de six picds et demi de haut... tout en décachetant la lettre... puis, en la parcoursTnt... elle a haussé les épaules... comme ça... et en souriant d'un air... (Plus b9s.) que si j'osais jamais sourire ainsi devant M. Shop-
pcD... j'en aurais longtemps les marques... (au publie.) car il est très-fort, M. Shoppen... oui qu'il est fort!
RAOUL 9 avec impatience.
Eh bien?...
JEANNE
Eh bien!., la belle-mère s'est mise à une espèce de pupitre et a griffonné... un carré de papier qu'elle m'a donné, en disant avec majesté : Tenez.., c'est mon p'tit mat'homme. J'ai dit un p'tU mat'homm!,. ça doit être fameux! je l'ai mis dans
ma poche... et le voilà... (Slle tend la lettre à Raoul.)
d'havrecourt.
Eh bien!., prends donc?., est-ce que tu trembles même devant son écriture?..
RAOUL, hésitant.
Non! mais il me semble que cette lettre contient mon arrêt.
d'hAYREGOURT, prenant ia lettre^
Je ne suis pas fâché, tu permets? de connaître le style de la marquise, et ce que madame Shoppen appelle son... p'tit maf homme.
JEANNE
Il n'a peur de rien, ce vieux-là!
d'hAYRECOURT, OQTrani la lettre.
Oh ! oh ! Jeanne a raison. (Lisant.) « Ceci est notre ultimatum. (Pause.) Ma fille ne consentira à vous recevoir qu'à une seule condition ; c'est que , reconnaissant vos torts, vous viendrez au château, (Appuyant.) faire des excuses, devant moi, à votre femme... »
RAOUL, avec indignation.
Des excuses!..
JEANNE, de mime.
Un mari !
D'hAVRECOURT, raillant.
« A ce prix nous pourrons, peut-être, pardonner.
« Marquise athénaïs de lesparre. »
RAOUL, s'emparant de la lettre qu'il Ht.
Non... non... je n'y puis croire.
JEANNE, avec colère.
C'est trop fort...
D'HAVREGOURT, à Raoul qui lit.
Eh bien ! comprends-tu maintenant ce que l'on gagne à