‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 108 sur 446 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARMAND f assis près de la table, la tèle appuyée sur sa main ; MADE- LEINE.

MADELEINE^ à la cantonade.

Soyez donc tranquille ^ monsieur Bastien^ tout sera prêt; si TOUS commencez à me tourmenter comme ça, la journée sera bonne. Ahj c'est vous, monsieur Armand, vous êtes là, tout seul au salon?

Oui; qu'est-ce que tu me veux?

MADELEINE

Je voulais vous dire... que je vais ôter de la grande galerie vos peintures et votre musique; ça ne peut pas y rester, parce qu'il nous arrive aujourd'hui de la société.

f . XI. 14

ARMAUD; se levant.

Qu'est-ce que tu me dis là? Madame de Sénange attend du monde?

HADELEmE.

Son oncle, rien que cela^ M. de Gerval, un marin qui est bon enfant et brutal; mais, comme il est riche, on est convenu de dire qu'il n était que bon enfant.

AIR : Un homme pour faire un tableau.

Autrefois à tous ses porenU bon humeur était importune ; Mais depuis que, par ses taleuts, Daps les lod^s il a fait fortune.

Sans façon chacun lui permet D'être bourru, quinteux, colère :

Une fortune que Ton fait Vous fait joliment V caractère.

Aussi, c'est pour fêter son arrivée qu'on a invité toute la société des environs, les nobles et les bourgeois; nous aurons ce soir la petite ville et deux châteaux, hein ! ça sera-t-il beau!

ARMAND

Oui, mais je ne jouirai pas du coup d'oeil : dis à un des gens de la maison, s'ils ne sont pas trop occupés, d'envoyer chercher des chevaux de poste.

MADELEINE

Comment! Monsieur, vous partez? voilà quinze jours que vous êtes ici tout seul; et quand le beau monde arrive, quand ça va devenir amusant, voilà que vous vous en allez.

ARMAND

Rester plus longtemps serait abuser de l'hospitalité que m'a offerte madame de Sénange, et que je ne voulais même pas accepter.

MADELEINE

Je vous aurais bien défié de faire autrement; votre voiture brisée, et vous dangereusement blessé.

ARMAND

Grâce au ciel, il n'y paraît plus, et je peux partir; les lettres d'aujourd'hui sont elles arrivées?

MADELEINE

Voilà le paquet, c'e.-t Bastien lui-même qui a été le chercher à la ville; voyez s'il y en a pour vous.

BCiNE I. 243

ARMAND^ prenaut ses besicles pour parcourir les lettres. En prenant une.

Madame de Sénatige. (en lisant une antre.) Madeleine Durand^ jardinière chez madame de Sënange*

MADELEINE

Tiens, il y en a aussi pour moi? je me doute de ce que c'est*

(elle rouvre et la Ht.)

ARMAND, parcourant toujours le paquet.

Ceci, se sont des journaux, (prenant d*autres lettres.) Madame de Sénange... Madame de Sénange... Quelle correspondance! et qui peut donc lui écrire ainsi de Paris?

MADELEINE, pleurant.

Ah! mon Dieu, mon Dieu! que je suis malhetureuse!

ARMAND

Eh mais! qu'a&-tu donc?

MADELEINE

C'est le père de Bastien, un riche fermier, qui ne veut pas que j'épouse son fils, parce que je ne lui apporte pas de dot : est-ce que c'est ma faute? si j'en avais, Bastien l'aurait déjà; mais^ comme on dit^ Monsieur, la plus belle lille ne peut donner.. «

ARMAND

C'est juste; mais tu as sans doute quelques parents?

MADELEINE

Tiens, si j'en ai, je crois bien. D'abord j'en Jai que je vois tous les jours, mais qui n'ont rien; ensuite", j'en ai d'autres qui ont fait fortune, mais ceux-là on n'en a pas de nouvelles;

Air t Va-t*en voir ^ilê viennent,

J*ai des parentg tant et plus

Qui vont et qui viennent.

Ceux qui n* sont par trop cossus

A leur famill' tiennent.

Tant qu'ils ont besoin d'écus,

Vers nous Ils reviennent; Mais dès qu'l d'viennH des Grésus,

On n' sait pus c' qu'i dWiennent.

J'ai surtout mon oncle Durand , qui est si riche que je le croyons perdu; vous n'en auriez pas entendu parler à Paris?

ARMAND

Quel est son état?

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