‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 141 sur 446 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

THÉRÈSE, LOUISE, uu mouchoir à la main, en costume de mariée.

LOUISE, pleurant.

Ah! mon Dieu! ipon Pieul qui est-ce qui se serait attendu à cela?

THÉRÈSE

Qu'as-tu donc, ma chère Louise?

LOUISE

Pardine, Mara'selle, vous le savez bien, puisque vous étiez te'moin. Est-ce que mon frère ne vient pas de rentrer dans un ëtat à fendre le cœur? Il jure, il pleure, il s'emporte; tout cela à la fois. Ah! mon Dieu! que les hommes ont un vilain caractère 1 se fâcher comme cela, et au moment d'une noce enccwre ! comme s'il n'aurait pas pu attendre après mon mariage; mais les frères n'ont aucun égard.

THÉpÈSE.

Calme-toi, tout cela s'arrangera.

LOUISE

Du tout ; car Julien aussi se désole. Si vous saviez comme à son tour Antoine l'a traité! ce pauvre garçon a eu le contrecoup, lui, et le plus terrible, c'est que mon frère ne veut plus entendre parler de mariage; c'est qu'il veut que je rende tout de suite...' tout de suite, la belle chaîne d'or que monsieur Rodolphe m'a donnée : je vous demande pourquoi, car enfin je ne suis pas brouillée avec votre frère.

THÉRÈSE

Sois tranquille. Rodolphe est déjà revenu à la raison , et j'espère que bientôt Antoine lui-même...

LOUISE

Ah! tâchez, je vous en prie, et le plus tôt possible, car la cérémonie est pour deux heures. Mais enfin dites-moi donc comment ça est venu ?

THÉRÈSE

Je ne sais; j'étais là à causer avec Antoine, et je crois qu'il me })aisait la main lorsque Rodolphe est entré.

LOUISE

Et c'est pour cela qu'il s'est fâché? Ah ! bien ! ipon frèrft est bien meilleur enfant; on m'embrasserait bien tant qu'on voudrait, que cela lui serait égal.

SGSNE U. 9M

THÉRÈSE

Quoi! ça ne lui cause aucune émotion?

LOUISE

Du moins je ne m'en suis pas aperçue. Mais Julien^ c'est différent, il est comme un lion; mais cette colère-là n'empêche pas de l'aimer, au contraire; seulement ça dégoûterait presque d'être coquette, parce que, voyez-vous, dès qu'il est malheureux, je le* suis au^si.

THÉRÈSE

Bonne Louise ! et tu partages de même tous les chagrins de ton frère?

LOUISE

Oh! je l'aime beaucoup, c'est vrai: mais ce n'est pas tout à fait de même.

THÉRÈSE

Gomment! est-ce que ce sentiment-là n'est pas le plus doux, le premier des devoirs? est-ce que ton frère n'est pas l'objet constant de toutes tes pensées ?

LOUISE

Dame! j'y pense quand ça vient, quand il est là; mais pour Julien, c'est autre chose, ^e ne sais pas comment ça se fait, mais le jour, la nuit, son image est toujours devant mes yeux.

THÉRÈSE, un peu émue.

Gomment! lorsque ton frère te quitte, lorsqu'il s'éloigne de toi pour quelques instants, cela ne te fait pas de chagrin?

LOUISE

Ma foi non, parce que je me dis : a 11 reviendra. » Mais, par exemple^ quand Julien fait seulement un petit voyage, il me semble que je ne dois plus le revoir, que tout est fini pour moi, que je suis seule au monde. Pour abréger le temps, je me désespère, je compte les heures, les minutes; et dès que je l'aperçois, o))! j'éprouvp une joie, un bonheur qui fait tout oublier.

THÉRÈSE , à part, avec ^motjon et frayeur.

Ah! mon Dieu! (Haut.) Et dis-moi, Louise, qus^pd ton frère te prend la main, quand il t'epabrasse?

Je ne m'en aperçois seulement pas; mais Julien, (a voix baue.)

996 EODOLPHE.

c'est bien différent. Je ne peux pas dire... j'éprouve d'abord conune une émotion, et puis comme un battement de cœur qui me coupe la respiration.

THÉRÈSE

Il se poun*ait?

LOUISE

Mais ça n'est pas étonnant, et je vous en dirai bien la cause, si vous voulez ; c'est que j'aime l'un comme mon frère, et

l'autre comme mon amoureux, (a Thérèse qni chancelle» et qni s'appuie contre le fauteuil.) Eh bien ! eb bien ! mademoiselle Tbérèse, qu'avez-vous donc?

THÉRÈSE f se cachant la fignre.

Ab! malbeureuse!

LOUISE

Est-ce que je vous ai fâcbée? est-ce que je vous ai fait de la peine?

THÉRÈSE

Non, non, je te remercie. Louise, va trouver ton frère, remets-lui cette lettre, je veux lui parler; crois-tu qu'il vienne?

LOUISB.

Ah ! oui. Mademoiselle; car tout à rbeiure, chez nous, tout en disant qu'il ne reviendrait jamais ici, à chaque instant il prenait son chapeau comme pour sortir; et tenez, tenez, le voici.

THÉRÈSE

C'est bon, c'est bon, laisse-nous.

LOUISE

Vous arrangerez cela, n'est-ce pas? et quant à la chaîne d'or, s'il vous en parle, dites-lui que je l'ai rapportée, et qu'on n'en a pas voulu.

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