‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 287 sur 446 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Air de Marianne.

Je sens toute mon importance^ Et je suis fier de mon talent, Surtout quand je vois l'influence Que les dîners ont à présent.

A qui la gloire?

J*aime à Je croire^

Au cuisinier Qui sait bien son métier.

Un bon dîner

Peut nous donner

Beaucoup d'esprit, Ou beaucoup de crédit.

Le dîner gouverne à la ronde; Partout ses droits sont reconnus, Et la fourchette de Cornus Est le sceptre du monde.

Au dernier dîner de l'ambassadeur d'Angleterre, on a parlé d'un mets autrefois en vogue, et dont la recette est perdue depuis soixante ans, le pudding à la chipolata : ces messieurs ont ouvert un concours et proposé un prix à celui qui serait assez heureux pour retrouver ce secret; mais je ne sais comment vaincre la difficulté ; car enfin raisonnons : le pudding est d'origine anglaise , et la chipolata d'origine italienne ; et pour fondre ces deux caractères, pour que la transition ne soit pas trop brusque, pour que la liaison ne soit pas heurtée, j'en approche ; mais je n'y suis pas encore ; c'est ça , et ça n'est pas ça. Mais si je ne peux risquer le pudding, lâchons aujom*d'hui de nous surpasser nous-même. Mon premier service est bien, je suis content du style, c'est sévère; mais il y a du grandiose, un grandiose qui coilvient à la circonstance. (Rêvant.) Si je remplaçais ma truite à la génoise par un brochet à l'indienne. Non , ne changeons rien , le premier jet est le meilleur; et si j'ai un défaut, c'est de vouloir toujours corriger. C'est fini, je n'y touche plus. Voyons, maintenant mon second

service. (ll s^assied auprès du fuurneau et compose.)

Air : Je meurs d'amour, belle comtesse. (Fragment de Jeankot et

Colin.)

(il écrit.) Poularde, ortolans, bécassine.

Page 1