SCÈNE IV
VATEL, CÉSAR> LARIDON, choeur de marmitons.
(tous les marmitons en entrant se rangent sur deux lignes à drx>ite et à gauche du théâtre ; César est à la tète de la ligne de gauche, Laridon & la tète de la ligne à droite.)
VATEL
Messieurs, chefs, sous-chefs, aides, marmitons, tournebroches, gâte-sauces, vous avez travaillé hier toute la journée, vous avez passé la nuit sur vos fourneaux. Je veux bien maintenant vous dire pourquoi : M. l'ambassadeur donne aujourd'hui un grand dîner, un repas de soixante couverts; je n'ai pas besoin de vous en dire davantage^ chacun fera son devoir: Monseigneur y compte , et moi aussi.
CÉSAR
C'est convenu.
VATEL
Silence, mon fils; le premier sous-chef veillera aux entrées; vous, Laridon, vous ne quitterez point la broche; quanta César, à dater d'aujourd'hui, il passera aux gratins , et je lui 'confie une inspection générale.
CÉSAR
Quelle faveur!
VATEL
Tâche de t'en rendre digne. Quant à moi, Messieurs, je ne me place nulle part; mais je serai partout^ et vous me verrez
toujours au feu. (Donnant un papier à Laildon.) Yoici VOtrC partie.
(▲ César.) Mou fils, volci la vôtre.
LARIDON
Monsieur Vatel...
VATEL, te regardant.
Qu'est-ce?
LARIDON
Je vous demande bien pai'don, monsieur Vatel, si j'ose vous dire quelque chose.
VATEL
Parlez, Monsieur ; je permets toutes les observations qui sont dans l'intérêt de l'art.
LARIDON
Dans ma partie, au premier service, j'ai des grives et des foies gras en caisse, ça fait deux caisses à côté l'une de lautre.
VATEL
C'est juste , il y a pléonasme. Je vous remercie de la critique. Vous placerez, entre les deux, une escalope de lapereaux.
LARIDON
Et en regard?...
VATEL, rêvant.
En regard, un vol*au-vent de Macédoine. Voici un exemple, Messieurs : voilà un jeune, homme qui raisonne, et qui se rend compte. Monsieur le chef, vous exécuterez mon plan à la lettre, et en même temps vous le ferez étudier à ces Messieurs. J'entends que demain on m'en fasse une analyse.
CÉSAR
Oui, papa, on s'y conformera.
452 VATEL
VATEL
César, je vous* ai demandé du silence. Cette journée. Messieurs, doit mettre le comble à notre gloire. J'en conviens, chaqUe peuple a son plat national. L'Angleterre est depuis longtemps célèbre, par son ros6i/f. L'Italie est la teiTe classique du macaroni, de temps immémorial. L'Allemagne s'est illustrée par sa soup^ à la bière, qui , soit dit entre nous, ne vaut pas le diable. La Russie nous montre avec orgueil sa charloUe. L'Espagne elle-même a son olla podrida. Mais que sont toutes ces fades productions, comparées aux cbefs-d'œuvre de l'école française ?
Elles ne sont rien, mon père.
VATEL
Mon fils, voilà la troisième fois que vous m'interi'ompez. Maintenant, Messieurs, descendez à l'étude, (ils vont pour sortir.)