ACTE I, SGKNE lî
ESTELLE
Oh! mon Dieu, non, elle me l'a dit; c'est que vous ne lui avez donné que des cachemires longs.
B0NNEMA1N.
Et elle exige peut-être...
ESTELLE
Du tout, elle n'exige pas, mais elle est de mauvaise humeur, parce que ses bonnes amies lui avaient fait espérer qu'elle en aurait aussi un cinq quarts.
AIR des Maris ont tort.
Qu'un mari donne un cachemire.
On commence à croire à ses feux; En (lonne-t-il deux, on Tadmire; On dit qu'il est bien amoureux.
BONN EM AIN
Il nous faut donc. Mesdemoiselles, De notre ardeur, quand vous doutez.
En chercher des preuves nouvelles Chez les marchands de nouveautés?
Savez-vous, petite sœur, que ma corbeille me coûtera près de trente mille francs?
ESTELLE
Qu'importe? quand on est amoiu^ux et receveur général...
B0NNEMA1N.
Raison de plus. Par état, je reçois et ne donne pas... D'ailleurs, ce cachemire cinq quarts, je l'ai bien acheté; mais c'était à vous que je comptais l'oflrir.
ESTELLE
Eh bien ! donnez-lc à ma sœur, et qu'aucun nuage ne vienne obscurcir le plus beau jour de votre vie.
BONNEMAIN
Quoi! vraiment, vous n'y tenez pas?
ESTELLE
Moi! nullement.
BONNEMAIN
Dieu ! quelle femme j'aurais eue là ! si notre mariage n'avait pas été rompu !
ESTELLE, souriant.
Comment! vous y pensez encore?
BONNËMàlIi.
C'est que je ne puis moi-même m'expliquer comment cela s'est fait. C'est vous qui êtes la sœur aînée ; c'est vous que j'ai demandée en mariage; je crois même que c'est vous que j'aimais; et puis on m'a persuadé que j'aimais votre aœur, et si bien persuadé que je suis maintenant réelletnent amoureux*
ESTELLE
Et VOUS avez raison. Àntonine est bien plus gaie et bien plus aimable que moi.
BONNlrMAlN.
Mais elle est passablement coquette; elle fait des frais pour tout le monde.
ESTELLE
Eh bien ! vous voilà sûr (|u'elle en fera pour vOus.
BONNEMAIN
Oh! certainement; mais elle a une vivacité, une inégalité de caractère^ tandis que vous... vous êtes si bonne, si indulgente... et puis d'autres qualités; vous ne tenez pas aux cachemires, vous entendez l'économie d'mi ménage.
ESTELLB.
Avec un époux millionnaire, c'est une qualité inutile, et je n'aurais su que faire de votre fortune ; tandis que ma sœur vous en fera honnem*, et votre maison sera tenue à merveille. Un financier et une jolie femme, c'est la recette et la dépense.
BONNEMAIN
Eh ! sans doute; mais...
ESTELLE
Allons, mon cher beau-frère, vous êtes un ingrat,. vous ne sentez pas tout votre bonheur.