‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 335 sur 446 · ACTE I, SGiN£ III · texte numérisé non relu

ACTE I, SGiN£ III

mais des lettres anonymes qu'on me £ait payer comme des lettres de félicitations, c'est le même prix.

ESTELLE

C'est qu'elles ont souvent la même valeur; mais vous êtes bien bon de faire attention à cela.

BONNEMAIN, qai a la sa lettre.

Qu'est-ce que je disais?... encore une.*. (Lisant.) «Monsieur^ j'apprends en province, où je suis en ce moment, que vous allez épouser mademoiselle de Saint-André... J'espère, si vous i êtes hpmme d'honneur, que vous suspendrez ce mariage jus- \ qu'à l'explication que je désise avoii' avec vous... Si j'emprunte une main étrangère, et si je ne signe point ce billet, c'est i^ cause de votre beau-père , dont je ne veux pas être connu; mais je pars presque en même temps que ma lettre, et je serai à Paris le 8. » Qu'est-ce que cela veut dire?

ESTELLE

C'est une plaisanterie, une mystî6cation.

Je Ta! bien vu tout de suite; mais voilà une plaisanterie de bien mauvais genre ; ça sent bien la province, et cela me ferait croire...

ESTELLE

Allons donc, n'allez-vous pas y penser? est-ce que ça en vaut la peine?

BONNEMAIN

Non, certainement. (Béfliebissant) Le 8> c'est le 8 qu'il doit ar« river; par bonheur, nous sommes aujourd'hui le 7; mais e'est égal , cette lettre-là va me tourmenter toute la journée. Et ma femme qui ne sedépôehe pas; on noaê attend à la tilutiicit>alité; le maire va s^impatienter, et notiâ courons risque de n'être mariés que par l'adjointe

ESTELLE

Air : Tenez, moi,j^ suis u^ kon /lomvie. Pourva qu'enfin od yous marte.

BOHNSItAniJ

Mais ^»m le salon d'où ]'aecoim> Od fait mainte plaisanteriQ^ On fait même des calembours.

. . (a part.)

« Pour l'ëpouser quel fàcliâux présago,

308 LE PLUS BEAU JOUR BE LA YiE.

« Disaient tout bas quelques témoins^ « De commeDcer sou mariage « Avec le secours des adjoints' »

Âh ! voici enûn madame de Saint-André^ ma belle-mère.

Les précédents , MADAME DE SAINT-ANDRÉ, sortant de la

chambre à droite.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

Eh bien ! Estelle, que faites-vous là? allez donc retrouver votre sœur : ne la laissez pas seule. Pauvre enfant ! dans im jom* comme celui-ci, elle a besoin d'être entourée de sa famille.

ESTELLE

Out^ maman. (Blle rentre dans ia chambre à droite.)

MADAME DE SAINT- ANDRÉ , d*un air mélancolique.

Bonjour, mon cher Bonnemain ; vous me voyez dans un état... je conçois votre bonheur, votre ivresse ; mais moi^ je ne peux pas m'habituer à l'idée de cette séparation ; je suis sûre que j'ai les yeux rouges.

BONNEMAIN

Du tout, ils sont vifs et brillants; et vous avez un teint charmant.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

C'est qu'il faut bien prendre sur soi ; mais c'est égal, pour une mère, il est si terrible de quitter son enfant... ah ! mon cher ami ! c'est le jour le plus malheureux de ma vie !

BONNEMAIN

C'est agréable pour moi ; ça et les letti*es anonymes...

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

Je ne dis pas cela pour vous, mon gendre ; certainement ma fille aura une existence superbe ; une voiture , de la considération, l'amour que vous avez pour elle, un hôtel à la Chaussée-d'Antin, et une loge à tous les théâtres; mais c'est moi qui suis à plaindre !

Du tout, belle-mère, du tout, vu que vous ne quitterez pas votre fille, et que vous partagerez son bonheur.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

Ah! oui, n'est-ce pas? promettez-moi de la rendre bien heureuse, je vous confie son avenir.

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