‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 81 sur 446 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les précédents; HORTËNSE, sortant de rappartement à droite.

HORTENSE, faisant la révérence.

Comment! monsieur de Merteuil dans ce pays! Je vous croyais encore au fond de la Bourgogne, (a^x domestiques.) Laissez-nous. Qervfiis, passez à la ma^irie; vous vous informerez si tout est prêt pour le cérémonie; vous direz ensuite que Ton mette les chevaux et vous reviendrez m'averUr.

GERVAIS

Oui, Madame... (a part.) C'est cela, trois ou quatre ordres à la fois. Mais, patience , ça va changer.

M. DE MERTEUIL, HGRTENSB.

M. m MSBTEVII'.

Vous allez sans doute me trouver bi^n indiscret?

BÛBTCN86.

Vous ne pouvez jamais l'être. Croye», Monsieur, que nous ignorions votre retour, sans cela nous nous serions empressés, votre neveu et moi...

M. DE MERTEUIL

Bh quoi ! Madame, ce que j'ai appris est donc vrai! vous " »K vous marier?

SCÈM5 nr. 2ii

Mai9, oui; dans deui heures à peu près.

M. DE MERTEUIL

Gomment ! il y a deux niois^ je viens den^ander votre ipain pour le plus jeune de mes neveux, Saint-Yves, que j'ai élevé, que j'aime, mon enfant d'adoption, un cavalier cnarijaant, dont chacun vante l'esprit, l'amabilité, le caractère. Vous le refusez, vous ne lui permettez même pas de se présenter chez vous, et de détruire les injustes préYcntions quq vous aviez contre lui. Persuadé que vous voulez toujours rester veuve, je vais faire un voyage dans une de mes terres : et c$ matin, à mon retour, j'apprends que, non contente d'avoir refusé mon pauvre neveu, vous allez épouser son cousin, un génie épais et massif comme son individu. Du reste, il pe m'appartient pas d'en dire du mal, puisque c'est un de mes parents; mais enfin, sous aucun rapport, il ne peut entrer en comparaison avec mon autre neveu. Tout cela n'est-}l pas vrai? Répondez.

HORTENSE

Oui, Monsieur.

M. DE MERTEUIL

Gomment donc son cousin a-t-il pu vous séduire? car enfin, puisqu'il est l'époux de votre choix, vous avez sans doute pour \\à un amour?...

HÛRTENSB.

Non, Monsieur.

Et vous l'épousez?

Oui, Monsieur.

M. pS MERTEUIL.

HORTp;KSfi,

M. DE MERTEUIL

Par exemple^ Madapie^ vous ii)e permettrez 4^ yousj dire que voilà une conduite...

HORTENSE

Bizarre^ inexplicable; allons, convenez-en; avec sa nièce on pçut tout dire^ on n'a pas besoin d'çtre gal^t*.

M. DE MERTEUIL

Eh bien! pour profiter de la permission, je vous dirai que vous allez commettre une... une imprudence.

HORTENSE

Ah! vous me ménagez encore; et vous voulez dire mieux.

M. DE MRRTEU1L.

Eh bien! oui^ Madame, une folie; et c'en est une que rien ne peut justifier.

HORTENSE

Peut-être. D'abord, Monsieur, s'il n'avait tenu qa'k moi, je ne me serais jamais remariée, je serais toujours restée veuve; il est si doux d'être libre, de n'être point soumise aux volontés, aux caprices d'un maître, ou d'un époux, comme vous voudrez; moi, je l'avoue, j'aime à commander; le pouvoir a tant de charmes ! Mais c'est pour ^ous autres femmes que l'indépendance est une chimère; et je m'aperçus bientôt que j'avais fait un rêve impossible à réaliser. Dans le monde, dans les sociétés, aux spectacles, comment se présenter seule? il faut agréer malgré soi les soins d'un chevalier. Dès qu'on entre dans un salon, on se demande : quelle est cette dame? c'est madame une telle, une veuve. Ah! c'est une veuve! Ce titre de veuve inspire tant de hardiesse, tant de confiance, tout le monde se croit des droits, depuis le vieux conseiller jusqu'au lycéen qui sort de son collège. Vous voyez donc bien que pour sa réputation on ne peut pas rester veuve.

M. DE MERTEUIL

Raison de plus pour bien réfléchir au choix d'un époux.

HORTENSE

C'est ce que j'ai fait. Je me suis d'abord promis de ne pas me marier par inclination. Je me suis rappelé ensuite que mon premier mari, qui m'avait rendue fort malheureuse, avait infiniment d'esprit, beaucoup plus que moi.

M. DE MERTEUIL

J'ai peine à le croire. Madame.

HORTENSE

Et moi, je n'en puis douter; car il avait pris sur moi un ascendant qui me forçait toujoiurs à lui obéir, quelque absurdes, quelque injustes que me parussent ses volontés; et comme je ne vous ai pas caché que je voulais, malgré mon mariage, rester chez moi maîtresse souveraine et absolue, j'ai dû, d'après mon système, me défier des gens charmants, aimables, spirituels. Voilà pourquoi j'ai refusé le parti que vous m'aviez proposé.

M. DE MERTEUIL

'^ conçois. Madame, tout ce que cette exclusion a d'hono-

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