SCÈNE IX
LAFLEUR
Ces dames sont de ce côté^ dans la grande allée.
GUSTAVE, le renvoyant.
C'est bien. Adieu, mon oncle; je vous laisse, je vais dormir une heure dans mon appartement.
GOUBTILLE.
Je te le conseille, et surtout ne fais pas de mauvais rêves.
(n s*a8sied devant la table. Guatate fait lemblant d'aller à droite, où est son appartement; pois il marche sur la pointe dea pieds, et sort par U gauche, da c6té dn jardin.)
SGËNE IX.
GOURVILLE, seul, en regardant en dessous, et partant d*an éclat de rire.
A merveille! si je voulais m'amuser à le suivre, je le trouverais, j'en suis sûr, dans la grande allée. Ah ! Ton se cache déjà de moi; c'est bon signe, et mon cher neveu est déjà pris plus qu'il ne le croit lui-même. D'un autre côté, j'ai vu revenir Agathe; elle était émue, agitée, et deux ou trois fois, je lui ai adressé la parole sans qu'elle m'entendît; mais je n'ai pas voulu en parler à Gustave. Diable! il se négligerait. Pour le tenir en haleine, il faut des obstacles. Encore deux ou trois, et je le garantis amoureux fou. Eh bien ! était-ce donc si difficile! voilà deux personnes qui se détestaient; et déjà, grâce à moi, sans qu'elles s'en doutent... Allons, j'ai eu tort de ne pas me lancer 4stns la politique; j'aurais fait de grandes chosee» Hein... qu'est-ce que c'est? des lettres de Paris; une autre de Bagnères ! Brisons cette enveloppe. Je m'en doutais, c'est ce qu'on devait m'envoyer, c'est le testament du commandeur. (Lisant les derniers moto.) Comme OU me l'avait annoncé, c'est bien moi qui suis son exécuteur testamentaire. Voyons un peu les principales dispositions. Dieu! quel préambule ! cela ne m'étonne pas, il a toujours été si bizarre, si original ! (n Ht.) « De a toutes les maladies qui menacent l'existence d'un vieux gar- « çon, la plus terrible et la plus tenace de toutes, ce sont les « collatéraux; avec eux, on ne peut vivre ni mourir en paix. « Aussi, j'ai été, nuit et jour, tellement tourmenté par la pré- « sence assidue de mes excellents parents, cousins, petits- « sins, arrière-cousins, que j'institue pour légataire ui « selle la seule personne qui ne m'ait jamais fait la coi « qui ne m'ait jamais rien demandé^ la seule enfin qui^ dans
lapre-
L^HÉaiTIËEE;
a ce moment, ne soit pas auprès de moi; je veux dire Agathe « deMelval. » (rinterrompant.) Dieu! madame de Melval légataire universelle...^ elle qui devait à peine espérer une dizaine de mille francs, se trouve maintenant à la têta de plus de cent mille livres de rentes! une jeune feinme d'une beauté, d'une douceur, d'un caractère angéliques. Dieu! qu'est-ce que j'ai
fait? (Reprenant vivement le testament.) AiChevonS. (U lit.) <( Je désire,
tt mais sans lui en imposer la condition, qu'Agathe choisisse «( pour époux mon ami Gourville, que je nomme mon exécu- « teur testamentaire, et que j'exhorte bien sincèrement à avoir A des enfants, si c'est possible, ne fût-ce que pour déshériter ses fi collatéraux. y> Ah! maudit testament! si je l'avais connu. Donner une fenune comme celle-là à mon neveu, quand je pourrais l'épouser, quand le testament m'y autorise, quand elle-même, ce matin, semblait y cont>entir! Oui, mais c'est que ce matin son cœur était libre, je n'avais pas de rival, mon neveu n'y pensait seulement pas , et c'est moi qui ai été lui donner des idées. Allons , allons, ra&surons^nous 2 heureusement il n'y ^ pas encore grand mal, les choses ne sont pas bien avancées; et puisque c'est moi qui suis cause de tout, je pourrai tonjouf^i qu^d je le voudxai» détruire ce que j'ai fait.