CÉ9AR
Gertaineoient; d'aiUeurs> ^e tniH ici chez moi, c'est mon ca? binet de travaÙ; voilà mes ustensiles, mes livres et mes cas^ seroles.
MANETTE
11 est si méchant votre père!
Cl'ISÀR.
Méchante ïK^n, tl Wéd p'Oîîii méchant, pàpâ; mais il est fier^
lii VA TEL.
MANETTE
Et pourquoi est-il fier?
CÉSAR
Manette, vous me demandez pourquoi? parce qu'il s'appelle Vatel.
MANETTE
C'est drôle; car enfin , vous qui m'aimez, et qui n'êtes pas vaniteux, vous vous appelez aussi Vatel.
CÉSAR
Oui, César Vatel, du nom de notre illustre aïeul.
MANETTE
Ah çà ! mais qu'est-ce que c'était donc que cet aïeul?
CÉSAR
Ah ! c'était un malin, celui-là, un cuisinier de grande maison, qui a eu le bonheur de mourir la même année que monsieur de Turenne! ça été une désolation dans toute la France. Mais, comme dit mon père, en ôtant son bonnet de coton : « 11 n'y a rien à dire, il est mort au champ d'honneur. »
MANETTE
Au champ d'honneur !
CÉSAR
Oui. Son champ d'honneur à lui... la cuisine ! Un beau jour, le jour d'un grand dîner, comme aujourd'hui, la marée n'arrivait pas. Grand-papa Vatel s'est mis en colère; il s'est cru déshonoré, comme si l'honneur tenait à quelques saumons de plus ou de moins ; il a pris son épée, il n'a fait m une ni deux... et v'iai) dans le cœur !
MANETTE
Eh bien?...
CÉSAR
Eh bien ! il est mort ! et la marée est arrivée tout de suite après : voilà ce qu'il a gagné ! C'est une histoire bien connue, madame de Sévigné en parle. Je parie, Manette, que vous ailes aussi me demander ce que c'était que madame de Sévigné ?
MANETTE
Ma foi, je n'en sais rien.
CÉSAR
Au fait, vous qui n'êtes qu'une petite cuisinière , vous n e pouvez pas connaitie... Manette, madame de Sévigné était une
scims T. U8
maltresse forame^ une gaillarde qui écrivait des lettres toulc la journée.
MAltETTE.
Voyea-vous ça >
CÉSAR
Oui, mais des lettres un peu soignées, et puis des tas de lettres... douze volumes.
Air : Tenez, mai je- suU un bon homme»
Mon pèr* me l'a dit.
MANETTE
Cost unique* cèsaî: .
Y en avait pour tous ses aniii.
MAMETTE
C'aurait fait un' famans' pratique Pour la p'tit* poste de Paris.
CÉSAR
Sur rien ell' faisait des histoires
MANETIE.
C'est pas malin! y connaissons ça,
G*est comm nous aut's. dans nos mémoires.
J'en mettons toi:gours plus qu'y en a.
CÉSAR
Enfin, Manette, voflà ce que c'était que madame de Scvigné et Yatel. Ce sont ces gens-là qui ont honoré le siècle de Louis XIY, ce siècle dont mon père parle toujours, car il est savant, mon pèrt, fl a fait des études.
MANETTK.
Vraiment?
CÉSAR
Oui, mais je cix)i8 qu'il aurait mieux fait d'être ignorant ; il se porterait mieux, et il n'aurait pas la tête détraquée; car, je ne vous le cache pas , Manette . mon père a vraiment la tête détraquée.
MANETTE
11 y a des mondents où je le crois.
CÉSAB.
Quand une fois il s'est lancé dans ses grandes phrases, il n'y a plus moyen de l'arrêter i il ne parle que par comparaisons; licite à chaque instant les Grecs et les Romains; il
iU TATEL.
mêle la littërature à la cuisine ; il fait de tout cela une macédoine à laquelle je ne comprends rien. Encore s'il était père^ et s'il se laissait attendrir par mes prières ! Mais non ! Manette^ nous ne serons jamais mari et femme
MANETTE
Qu'importe, pourvu que vous m'aimiez !
CÉSAR
Dieu ! si je vous aime! je ne pense qu'à vous : hier, j'en ai manqué un^ marengo et roussi une béchamel. Yoilà-t-il une preuve!
MANETTE
Qu'est-ce qu'il peut me reprocher, votre père î
CKSAR.
Tu n'es qu'une cuisinière bourgeoise, domestique du caissier de Son Excellence , qui demeure au quatrième; et lui, Yatel, maître d'hôtel d'un ambassadeur, ne veut pas déroger... Dieu ! qu est-ce que j'entends ? C'est mon père qui entrç dans son laboratoire. Je me sauve.
S'U me trouvait ici)
CÉSAll
Dis que tu viens le consulter, ça flattera son atnour-propre* Pour ce qui est de l'amour-propre, il en a à revendre , et U en met à toutes sauces, (n te Mate.)