SCÈNE IL YATEL, MANETTE
VATEL , entrant d*an air sombre et rêveur.
Mon dtner ne me sort pas de la tôte,.. il est là .. il y est. (a Maiw^te.) Qu'est-ce que vous laites ici?
MANETTE
Monsieur Yatel , c'est que mon bourgeois a aujourd'hui quelques amis, et je venais vous consulter.
VATEL
Me consulter! je n'ai jamais refusé mes conseils. A quoi servirait l'instmction, si nous ne la répandions pas dans les basses classes de la société? Que voules-vous ?
MANETTE
Je voudrais faire des côtelettes à la minute.
sCiNB n. 147
VÂTSLp tUant prendre une brochure.
De» côtelettes à la minute! tenez^ Manette^ étudiez d'abord mon discours préliminaire sur les filets de mouton, page 32, filets sautés, filets piqués, filets marines. Lisez tout haut (Toyànt qu'elle hésite.) Est-ce que VOUS ne savcz pas lire. Manette?
MAIfETTB.
Non, Monsitur.
TATEL.
Elle ne sait pas lire ! il y a pourtant des gens qui font la cuisine, et qui ne savent pas lire ! et pourquoi, c'est qu'il est encore, dans Paris même, des personnes qui regardent la cuisine comme un métier. Je l'ai dit cent fois à M. le comte, tant qu'on ne l'apprendra pas par principes , tant qu'il n'y aura point de conservatoire, la France ne pourra pas former de jeunes cuisiniers. 11 faut qu'elle y renonce, (oiant le iiyre des mains de Kanette.) Rendez^moi ce livre, vous ne me comprendriez pas.
HANETTE.
Au fait, si c'est écrit comme ce que vous venez de dire, ça
se pourrait bien, (sue ta pour sortir.)
VATEL^ la retenant.
Un instant. Manette, passons à tm autre ariicle. Parlez-moi firancliement : vous veniez ici pour voir mon fils.
MARETTE
Monsieur Vatel !..
vatel.
Écoutez-moi, Manette. Je pourrais me laisser aller à quelques accès de colère qui m'échaufieraient le sang et me feraient manquer mon dîner, j'aime mieux vous parler le langage de la raison et du sentiment. Manette, c'est un père qui vous en supplie, ne détournez pas César de ses études, de ses travaux domestiques. Je le regardais hier , s'essayant sur un suprême.;, il a de la verve, du style, du génie, il peut allerr#. plus loin que moi. Mais que deviendra-t-U, hélas ! si l'amour anéantit toutes ses facultés intellectuelles ?
MANETTE
Intellectuelles! Et pour qui me prenez-vous? Apprenez que, si M. César me recherche, c'est pour le mariage.
VATEL
C'est justement ce qui me désespère. César est du sang des Vatel ; mais il en est le reste ; nous sommes fils et petits-fiU
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de cordons bleus. Tu me diras^ peut-être, que c'est le hasard qui fixe le rang; je ne dis pas le contraire ; mais enfin pourquoi le hasard m'a-t-il donné une position sociale si élevée ?
Air du vaudeyllle de VÉcu de six francs.
Hélas ! les destins Vont placée
Chez UQ bourgeois ; c'est un malheur.
Moi, j'occupe un rez-de-chaussée ,
Dans Thôtel de l'ambassadeur.
Ce mot doit suffire^ je pense;
Toi qui demeures presque aux cieui^
Tu dois savoir entre nous deux
Combien Us ont mis de distance.
MAMETTE
Hélas ! oui.
Elle est atrendrie! oui, tu es attendrie ! Eh bien ! alors. Manette, fais-moi le plaisir de t'en aller.
MANETTE
Mais , monsieur Vatel...
VATRL.
Laisse-moi, te dis-je. Je tiens mon second service, il vient de me venir : le soufflé à la diplomate à gauche, et le pannequais à l'angle droit. Va-t'en, va-t'en. Quand je suis dans l'inspiration, il faut me laisser à moi-même. Ne vois-tu pas le dieu qui m'agite ?
MANETTE
Ah çà ! quand il est dans cet état-là, il doit renverser toutes les casseroles. Yoilà-t-il pas bien de l'embarras pour un mauvais dîner ! Je vais mettre mon pot-au-leu... (Elle sort.)
VATEL
Son pot-au-feu ! une expression comme celle-là nue fait bouillir... de colère ! Ignoble pot-au-feu !