ACTE II, TABLEAU II
maii) au lieu de l'ouvrir à des concession^ indispensables, J'ai suivi avec anxiété la marche tantôt sourde, tantôt éclatante des événements, je suis venu et j'ai pris ma part de la lutte, préoccupé à la fois des intérêts du peuple et du sort de la royauté. . . Je me suis écarté de vous, sachant bien que votre bienveillance s'était altérée; mais me voici, parce que je me suis promis de direau roi la vérité quand même. Ecoutez-moi donc, sire. ..On ne joue pas avec la nation. L^s trônes s'ébranlent quand ils n'ont plus pour base la volonté du peuple. Ne souriez pas avec cet air de dédain, monsieur de Mol 'ville ; joignez-vous à moi, monsieur de Malhesherbes. Ecoutez-moi, sire, et que mes paroles vous éclairent sur la situation... On vous abuse....
DE MOLLEVILLE
Sur quoi, monsieur?... Sur ces agitateurs de tribune dont l'éloquence ne fera pas vivre longtemps les sophismes ; sur ces agitateurs de la rue, que nous ferons, quand il nous plaira, rentrer dans le devoir ?... Vous ne savez donc pas que nous avons entouré Paris d'un réseau de baïonnettes, et qu'il faudra bien enfin que force reste à la royauté !
BARNAVE
Eh ! Monsieur, vous ne savez donc pas, à votre tour, que ces agitateurs de tribune parlent à toute la nation qui les a envoyés e\ qui leur répond? Vous ne savez donc pas que ces agitateurs de la rue, c'est tout un peuple qui renverse, quand il le veut, les bastilles et toutes les forteresses?... On ne peut nier que le temps est arrivé d'accorder ce qu'exige une civilisation plus avancée.... Cédez à propos pour qu'on n'en vienne pas un jour à vous dire : Il est trop tard !... On ne remonte pas le cours des âges, et lorsqu'un peuple s'éveille, on ne le fait pas rentrer de force dans le sommeil!
DE MOLLEVILLE
Sire, ce qu'on vous dit là, ce n'est pas nouveau... C'est la doctrine d'une école qui prépare peut-être à la France des calamités inconnues... Opposez unedigue au torrent!
BARNAVE
Oui, et s'il la renverse, il n'aura plus de frein !
LOUIS
Je sais bien que nous n'en sommes plus au temps où mon aïeul Louis XIV disait : L'état, c'est moi!... D'un autre coté, où s'arrêteraient les concessions?...
BARNAVE
Aux justes limites d'un pouvoir modéré par des lois et des libertés en harmonie avec l'époque.
LOUIS
Ou peut-être, là où le parlement conduisit Charles I".
BARNAVE
Non, sire ; il y aurait intelligence et sympathie entre la nation et Votre Majesté... Vous auriez écarté le péril et gagné en reconnaissance de la part de vos sujets...
LOUIS
Monsieur Barnave, je vous reverrai... j'aviserai.
BARNAVE
Quelques-uns de mes amis et moi, nous avons rédigé un exposé de la situation qui pourrait peut-être vous éclairer...
Faites-le connaître à monsieur de Malesherbes, qui m'en parlera après" l'avoir étudié...
BARNAVE
Bientôt?
MALESHERBES
A l'instant, si vous voulez...
LOUIS
Adieu, adieu, monsieur Barnave...
barnave, saluant.
Sire, je vous remercie de m'avoir écouté... [Il sort avec Malesherbes. Monde au fond.
LOUIS
Voilà qu'on va encore se mettre en fête !... Ils ne pensent donc à rien de sérieux, mon Dieu ! Ils disent donc tous comme Louis XV : Après moi le déluge!... Venez-vous, Molleville?
DE MOLLEV1LLE.
Sire, je ne vous quitte pas... (Ils sortent. Des Gardes, des Huissiers, des Domestiques arrivent, et, après eux, des Seigneurs tt des Dames de la cour, etc. On dresse des tables dejeu.—Mouvement.)