‹ ThéâtreChapitre 178 sur 449 · ACTE III, TABLEAU m · texte numérisé non relu

ACTE III, TABLEAU m

LOUIS

Ah! c'est cela, et vous me l'avez souvent dit autrefois... Eh bien ! {Regardant autour de lui.) Personne ne peut nous entendre... C'est mon malheur, le vôtre, celui de ma famille, que je sois venu dans un temps où la résolution, la fermeté, l'énergie, sont indispensables pour régner. Il m'aurait fallu les temps paisibles de Louis XIV et de Louis XV.

LA REIXE.

Sire, je ne vous reproche rien.

LOUIS

Eh! mou Dieu, je n'ignore pas que vous ne me trouvez point au niveau de ma tâch^... je sais que vous pensez, qu'on vous dit, que si je m'étais montré inflexible, la couronne serait restée solide sur notre tête ; mois que voulez-vous ! je me refuse a punir, et lorsque je me ser;s intérieurement poussé à faire le roi, je me rejette dans ma mans je tremble pour vous et

pour nos enfants... Ah! s'il ne fallait que risquer ma vie!... Tenez, ce que nous allons entreprendre me livre à la sollicitude... n'est-ce pas vous exposer !

la reine, à part.

Oh! il hésite encore... (Haut.) Mais pourquoi cette incertitude, quand vous-même avez adopté avec empressement le projet qui rous sauvera et qui est au moment de s'exécuter... N'estce pas vous qui avez tracé le plan rie notre départ, de notre marche, de notre arrivée? Xe vous êtes-vous pas concerté avec M. de Bouille, qui est verni exprès, à Paris, du milieu de son armée? X'avez-vous pas pris le soin ue lui faire tenir un million pour les dépenses nécessaires? Refuseriez-vous maintenant de suivre votre résolution tj Et si nous restons, me garan-

tissez-vous que vos enfan s, vous et moi. nous ne disparaîtrons pas dans une de ces tempêtes que les passions populaires font si souvent éclater sur nous?... On est venu nous chercher à Versailles, et on nous a amenés a Paris ati milieu des huées et des menaces... Aux Tuileries, vous avez vu des hordes désordonnées traverser comme des démons le palais de vos aïeux et ne s'éloigner qu'après avoir fait sentir à la royauté son impuissance et son abaissement !

LOUIS

Madame, ne me rappelez pas cela ; je ne parle jamais de ce jour néfaste... C'est de ce moment surtout que j'ai compris que j'aurais dû mourir... C'est alors que le sang de ma race a bouillonné dans mon cœur et m'a tau rougir de ma dignité perdue... c'est alors que j'ai songé av< c Otivi< à ces rois trappes de mort sur un champ de bataille... Je paraissais calme, m'a-t-on dit, et j'étais en proie à un orage intérieur, à une fièvre inconnue... J'aurais voulu.,, mais vous étiez là, vous et nos enfants, et,

kS LOUIS XVI ET MARIE ANTOINETTE.

comme toujours, l'époux et le père l'ont emporté sur le souverain... [Il s'assied comme accable.)

LA REINE

Sire, écartez des pensées que je regrette d'avoir éveillées, ou que du moins elles vous engagent a fuir ce palais où vous reviendrez pour y agir en roi... Tout ira bien... Dans deux jours, au plus tard, vous serez dans le camp de monsieur de Bouille, et là vous aviserez...

Oui, vous avez raison... D'ailleurs, ce sera sortir enfin de l'incertitude.

LA REINE

Vous n'avez dit notre projet à personne?

LOUIS

J'en ai parlé à Molleville seul.

LA REINE

Pourquoi?

LOUIS

Parce qu'il a tous mes secrets... parce j'avais besoin de lui pour mettre en ordre les papiers renfermés dans l'armoire de fer; et c'est un travail dont il s'occupe en ce moment même... Je vais le rejoindre.

LA REINE

Bien... mais qu'il soit le seul à savoir...

LOUIS

Rassurez -vous; j'ai appris a me défier... j'en ai tant vu de nos amis et de nos courtisans se faire un jeu de l'ingratitude et de la trahison... A bientôt, madame... Ah! et Elisabeth?

LA REINE

Je me suis concertée avec elle... Elle se prépare pour l'heure indiquée.

louis, allant pour sortir et se retournant. Madame, un roi qui fuit abandonne sa propre cause.

Sire, si Charles Ier avait pris la fuite à propos, le parlement et Cromwell auraient manqué leur victime.

louis.

Charles Ier ! Charles 1er!... oui, vous avez raison. (Il sort.)

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