‹ ThéâtreChapitre 215 sur 449 · BARNAVE, LA REINE · texte numérisé non relu

BARNAVE, LA REINE

BAKNAVB.

La reine !

la reine , s'arrêtant sous le regard attristé de Barnave. Ahl monsieur, vous avez peine à me reconnaître , n'est-ce pas?

BARNAVE

Madame...

LA REINE

Le malheur et la souffrance ont mis un siècle entre les tours du Temple et les jardins de Tiïanon ! Trianon ! (Souriant avectristesse.) Je vous y recevais, s'il vous en souvient (montrant ses vêlements), avec une toute autre parure, et mon costume n'y ressemblait guère à ces vêtements de la pauvreté !

BARNAVE

Madame, si quelque chose pouvait ajouter à mon respect, à mon admiration, ce serait cette pauvreté dont vous parlez, ce serait ce malheur inouï que vous supportez avec tant de noblesse!... Mes hommages sont plus profonds que ceux qu'on vous adressait dans les salons des Tuileries.

LA REINE

Eh bien! monsieur, je vous disais autrefois, en riant, que vous étiez un novateur... Pensez-vous que les théories nouvelles aient été poussées jusqu'à une limite assez avancée?... Le desci ridant de vingt de vos rois, la fill« des Césars d'Allemagne, enfermés dans cette prison, abandonnes à des geôliers sans pitié, livres a toutes les tortures, h tous les avilissements. Un père et une mère épouvantés sur la destinée de leur famille... Ces murailles odieuses comparées aux lambris de nos palais ; l'insulte à la place des hommages ; notre manteau royal transformé en misérables haillons, tout cela, monsieur, tout cela suffit-il enfin à prouver à la France et au monde qu'on est en progrès et que la révolution a marché?... {Les larmes succèdent à son animation.)

BARXAVE.

Madame, ne me cachez pas vos larmes ; les miennes remplissent mon cœur... Madame, vous ne saurez jamais à quel poiut j'ai ressenti le contre-coup de vos infortunes 1 Je n'osais pas vous revoir, car je savais qu'a vous revoir ainsi tout mon cou-

s rage m'abandonnerait... Vous êies victime d'une de ces fatalité^ qu'on enregistre dans les annales des rois a côté des supplice" des martyrs... \on, nous ne savions pas qu'on en viendrait à ce point... Les flots que nous avions déchaînés nous ne pouvions nous attPîidre qu'ils monteraient à cette hauteur. Le peuple s"est remué jusque dans ses dernières profondeurs, et nous n'avons pu préserver le vaisseau qui vous emportait... Malheur éternel à ceux qui vous ont caché les écueils sous des fleurs; justice pour moi qui voulais vous voir abordera d'autres rivages!... Tenez, ma lame, vous avez trop souffert ; je ne veux plus savoir que vous souffrez... Les soupçons m'ont atteint et déjà les menaces m'arrivent : qu'importe pour moi!... Mais tandis que je suis encore libre, et puisqu'on pouvoir inquiet et terrible ne m'a pas encore voué a la mort, son infatigable et obéissant auxiliaire, je veux que vous puissiez embrasser vos enfants ailleurs que sous les regards des geôliers; je veux qu'un asile vous soit donné où vous puissiez respirer, et peut-être accorder un souvenir à mon dévouement, un regret à ma mémoire 1...

LA REINE

Un asile, monsieur !

BARNAVE

Vous le savez, on a décrété la déchéance du roi... C'est un grand pas franchi, mais ce n'est peut-être pas la dernière limite où veuille s'arrêter ce génie indomptable qui pousse la révolution comme un ouragan...

LA REINE

Que voulez- vous dire, monsieur?

Je veux vous dire à vous, au roi, à ses conseils s"il en a encore, à monsieur de Malesherbes. ce noble cœur, qu'il faut demander à la Convention la faveur., la faveur de l'exil!...

LA REINE

L'exil!...

BARNAVE

Oui, madame, c'est là voti-p refuge.

LA REINE

Eh quoi, monsieur, nous aurions de nouveaux malheurs à redouter?...

BARNAVE

Madame, vous êtes épouse et mère, songez à ceux que vous aimez!... Songez à ces hommes égares que chaque jour on pousse .1 de nouveaux excès... Le peuple n'est pas complice! ât - «■rime- que oemraeUefll des misérables qui se rient des lois nu-

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