LOUIS ANNE
C'est une grande preuve de confiance que je vous donne ; mais vous êtes gens d'honneur et n'abuserez pas de ma confidence.
SAINTE-AMARANTE, S6 levant.
Nous le jurons. \(Jl se rassied. Rodolphe se lève à son tour; mais s'apercevaut que son oncle s'est rassis, il en fait autant.)
LOUISANNE.
Je suis le dernier rejeton d'une famille corse autrefois puissante, de la famille Mammiani, engagée depuis deux sièclesdans une guerre d'extermination contre les Pigliaspada.
SAINTE- AMARANTE
C'est parfaitement exact. Tous les romans corses commencent ainsi.
LOUISANNE.
Mon père est tombé dans un maquis....
SAINTE-AMARANTE
Un maquis ! comme c'est ça !
LOUISANNE.
Victime de la haine des Pigliaspada sans qu'on ait jamais pu savoir quelle main l'avait frappé. Depuis 1625 jusqu'à l'heure où je vous parle, notre famille a perdu cinquante-trois des siens par le fer ou par le plomb.
Rodolphe, a part.
Diable ! quel abattoir !
LOUISANNE.
La famille de nos ennemis n'a pas été moins cruellement décimée. Cinquante-cinq Pigliaspada ont payé de leur sang les meurtres qui avaient fait tant de veuves et d'orphelins.
SAINTE -AMARANTE
Parfaitement exact. Eh bien! Valentin, qu'en dites-vous? Voilà la vie, mon bon ami.
VALENTIN
N'interrompez pas madame.
LOUISANNE.
Cette guerre sans trêve et sans merci paraissait enfin terminée. Les Pigliaspada avaient quitté la Corse et on n'entendait plus parler d'eux. Les procès avaient dévoré les derniers débri do nos domaines.
RODOLPHE
Le6 procès et les frais de sépulture.