‹ ThéâtreChapitre 362 sur 449 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

GEORGES

Tu te trompes, je me trompais moi-même.... Saverny ne veut pas notre ruine.

MARTHE

Il vous rend sans condition la preuve de votre faute ?

GEORGES

Non, mais je sais maintenant le prix qu'il y attache, il n'a rien que d'honorable et de loyal.

MARTHE

S'il en est ainsi, mon frère, l'acte de renonciation que monsieur de Lavieuville a signé vous devient inutile, rendez-le-moi, ou plutôt venez vous-même le rendre à notre père.

GEORGES

Le rendre!... oh! non pas!... pour m'acquitter envers Saverny, il faut que je sois le maître ici, il faut qu'on ne puisse disposer de rien sans mon aveu.

martk .

Mais à l'instant même, vous me disiez que cet homme n'en voulait pas à notre fortune... Que veut-il? que veut-il donc?

GEORGES

La main de Marie.

MARTHE

La main de Marie à cet homme !

GEORGES

Je la lui ai promise.

MARTHE

Vous! vous avez promis la main de Marie!... de ma fille!... Vous êtes insensé !...

GEORGES

Tu oublies, Marthe, que cet acte m'a donné tous les droits qu'avait notre père... Tu te souviendras que je commande, et tu n'oseras pas t'opposer à ce que j'aurai voulu.

MARTHE

Je n'oserai pas... Mais vous me croyez donc bien lâche? Vous avez donc supposé que je sacrifiais la dignité, le repos de mon père, à mon repos et à ma dignité à moi ? Mais, si vous n'aviez menacé que mon honneur de femme et ma vie, je vous aurais bravé, Georges, et vous m'eussiez trouvée toujours entre mon père et vous. C'est pour ma fille, pour ma fille seule, que je me suis faite l'instrument docile de votre cupidité. Pour Marie, j'ai fait ce qu'une mère seule pouvait faire : j'ai abandonné, j'ai trahi mon père!,.. Et maintenant, c'est ma fille elle-même que vous menacez, et vous dites à moi, sa mère : Tu n'oseras pas ! Mais,

plutôt que de jeter ma fille aux bras d'un vil débauché, j'irais, oui, j'irais moi-même tout dire à If. de Montbreuse!... Oh ! c'est un vrai gentilhomme celui-là! 11 tuera la mère coupable, peutêtre, mais il défendra, il sauvera son enfant !

GEORGES

Marthe, demande conseil à ta raison; et, à mon retour, j'en suis sûr, tu seras résignée. {Il sort.)

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