SCENE V
MARTHE, seule.
Oui, ma raison et mon cœur m'inspireront; mais que pourraient-ils me dicter qui valût mieux, pour le bonheur de Marie, que la pensée de mon père!... J'ai bien assez lutté contre ses volontés. Aujourd'hui, celle-ci du moins s'accomplira. Il a promis ma fille à M. de Lestrelles; c'est un noble jeune homme, et Marie l'aime... Ils seront unis... J'ai mille raisons pour le désirer... pour le vouloir;... et, pour m'y opposer, je n'ai qu'un motif puéril, chimérique, que je ne pourrais expliquer à personne, et que j'ose à peine m'avouer à moi-même... Pourquoi m'attacher à un rêve, à une ombre, a une ressemblance?^?! parlant, elle ouvre le secrétaire, y prend un médaillon.) C'est qu'elle est bien étrange, cette ressemblance... Les mêmes traits, le même regard, la même expression du visage... C'est à confondre la raison. Je l'ai toujours dit... un fils ne ressemblerait pas davantage à son père!... Oh ! si ce portrait pouvait parler ! (Dans son agitation elle presse un ressort.) Ah! il existait un double fond !... Une boucle de cheveux... les siens!... Et puis, quelques mots gravés, un nom, une date. «Pour mon fils Charles de Lucenay, 1770. » ï-on nom !... Voilà le nom du misérable !... Charles de Lucenay!... Oh! le crime m'est expliqué... Mon père l'avait fait condamner... C'est une vengeance! une vengeance infâme ! Mais Théobald n'est pas son fils : son fils doit se nommer de Lucenay comme lui, et Théobald se nomme de Lestrelles. — Allons, mes craintes étaient folles» mes pressentiments me trompaient... Cette ressemblance n'est que l'effet du hasard. [Elle veut remettre le médaillon; une force invincible la domine ; elle le contemple.) Et pourtant, je ne puis en détacher mes regards.