‹ ThéâtreChapitre 418 sur 449 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

J'entends donc qu'à mes vœux mon père plus propice Par un bon mariage au plus tôt nous unisse. Voilà mon plan, voilà mes projets d'avenir, Et pourquoi dans ces lieux tu me vois revenir.

MARIAGE

Dans ta tète vraiment tout s'arrange à merveille, Et l'on n'a vu jamais confiance pareille. Sur quoi la fondes-tu, s'il te plaît? dis-le-moi. De monsieur Paul Poisson je dépends comme toi. Il est tout à la fois mon tuteur et ton père : Ma pauvre mère avait en lui le meilleur frère. Lorsque je la perdis, qui devint mon soutient? Ce fut lui, tu le sais : aussi je l'aime bien. D'un second père en lui j'honore la puissance; Je lui dois mon respect et mon obéissance. Comment à nous unir pourrait-il donc penser, Quand ton retour ici ne peut que l'offenser? Crois-tu qu'il te pardonne une telle incartade? Sous-lieutenant, tu vas renoncer à ton grade Pour un état qui t'est par lui-même interdit. Ton père à tout le monde a mille fois redit Que, tant que sa raison, grâce à Dieu, serait saine, Il saurait t'empêcher de monter sur la scène. Comment recevra-t-il un fils si peu soumis?

ARXOULD.

A mon frère Philippe enfin il l'a permis.

M ARIANE

Il prétend que ton frère a d'une race illustre Par son peu de talent terni l'antique lustre. Il ne veut pas qu'un nom dont il est orgueilleux, Que son père et lui-même ont rendu si fameux, Que son nom de Poisson, glorieux héritage, Soit par son autre fils compromis davantage.

ARNOULD

Parce que mon cher frère a trop peu de talent, On veut m'empècher d'être un acteur excellent.

MARIA3E

Modeste surtout.

ARNOULD

Non; mais juste envers lui-même.

Mon grand-père Raymond, que dit-il? car il m'aime ; Souvent contre mon père il prenait mon parti.

MARIANE

Et son amour pour toi ne s'est point démenti.

Ce n'est pas qu'à tes goûts il souscrive ; au contraire :

Aux périls du théâtre il voudrait te soustraire;

Il craint trop pour ton àme en un métier pareil.

Si l'on avait jadis écouté son conseil,

On eût, pour contenter sa pieuse tendresse,

Au fond d'un séminaire enfermé ta jeunesse.

ARNOULD

Ces bons parents, je sais tout ce que je leur dois; Mais pour prendre un état c'est moi seul que je crois. J'ai pour être guerrier l'humeur trop débonnaire, Et l'esprit trop bouffon pour vivre au séminaire. L'immuable destin marqua ma place ailleurs. J'obéis à ma verve, à mes instincts railleurs, Au démon qui sans cesse a mon àme charmée D'un père et d'un aïeul contant la renommée, Et du doigt me montrant le Théâtre-Français, Me promet leurs talents, me prédit leurs succès, Me dit que tôt ou tard, quoi qu'on dise ou qu'on fasse, Je les égalerai, si je ne lus efface.

MARIAXE.

Vains rêves ! ce que veut ton père, il le veut bien. Penses-tu le fléchir? Comment? par quel moyen? Si sans ton uniforme il te voyait paraître, De son courroux, je gage, il ne serait point maître; Il te mettrait dehors "sans vouloir t' écouter.

ARXOULD.

Vraiment? de ton avis je saurai profiter.

MARIAXE.

Mais explique-moi donc une chose, de grâce!

ARXOULD.

Quoi?

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