SCÈNE IV
Mais un jour le public attendit vainement :
Crispin était parti, l'on ne sait pas comment.
Tu conçois des Manceaux la fureur peu commune,
Etquel cruel échec recevait ma fortune.
Le traître m'emportait ma recette à venir.
Adieu mon bel hiver, et qu'allait devenir
De mes pauvres acteurs la troupe désolée,
En voyant notre salle, autrefois si peuplée,
Se changer désormais en un désert affreux,
Où manquerait la manne à ces nouveaux Hébreux?
Il faut que je le trouve et que je le ramène.
Je n'oserais sans lui me montrer dans le Maine,
Et je courrais, ma foi, risque d'être assommé,
Si je n'y ramenais cet acteur bien-aimé.
Comme d'après certains indices, je suppose
Qu'il vint droit à Paris, j'ai fait la même chose.
J'y suis, et j'entends bien faire valoir mes droits.
Monsieur le lieutenant de police, je crois,
Découvrira bientôt la trace du coupable.
PAUL
Et selon toi, c'est donc un sujet fort capable ?
BEAT' SÉJOUR
C'est un acteur parfait, d'un comique achevé. Je m'y connais un peu, mon cher ; je l'ai prouvé : J'ai dans les financiers tout autant de mérite Que votre vieux Guérin dont le succès m'irrite, Et qui n'en sait pas moins du Théâtre Français Aux talents qu'il redoute interdire l'accès. " J'aurais fourni chez vous une belle carrière, Si l'intrigue... il suffît, laissons cette matière. Je disais que je puis porter un jugement Sur le jeu d'un acteur; n'estce-pas?
PAUL
Oui, vraiment, Je sais que là-dessus tu ne te trompes guère. Le nom de ton Crispin ?
BEAUSÉJOUR
Il porte un nom de guerre :
Delarose.
PAUL
Et quel est son autre nom ?
BEAUSÉJOUR
Ma foi, Je ne le connais point; mais que m'importe, à moi ?
Je connais son talent que le Mans idolâtre : Tiens, excepté ton père et toi, sur le théâtre Je n'ai point vu d'acteur plus gai que ce garçon, Et pour le naturel c'est un nouveau Poisson. Il tient un peu de vous, et souvent il me semble Que, sans vous copier, le gaillard vous ressemble. Ce n'est pas malheureux pour lui, mes bons amis. A débuter chez vous s'il est un jour admis, Je réponds du succès, et vous m'en pouvez croire, Du nom que vous portez il atteindra la gloire.
Raymond., qui s est levé.
Paris ne reçoit pas toujours à bras ouverts Ces merveilleux sujet! par la province offerts. Je doute du talent de monsieur Delarose, Et des succès manceaux ne prouvent pas grand'chose. Croyez-moi, des Crispins qui viendraient débuter La famille Poisson n'a rien à redouter. Ce n'est pas d'aujourd'hui que sa gloire est connue. Moi, je la coramunçai; mon fils la continue. Ayez donc moins de foi dans vos opinions; Et songez-y, Monsieur, deux générations, De l'amour du public toujours environnées. Par un nouveau venu ne sont point détrônées.
BEAUSÉJOUR
Vous vous fâchez à tort : de vos talents d'acteur .le fus dans mon jeune âge un jrand admirateur : Les jours où vous jouiez étaient mes jours de fête.
RAYMOND
De mes talents d'acteurs0 le mot est fort honnête.
Vous bornez la l'éloge, et je vois en ce cas
Que comme auteur /Monsieur, je ne vous plaisais pas.
BEALSLJOLR.
Si fait.
RAYMOND
J'ai cependant fait quelques comédies Que le public. Monsieur, a jadis applaudies, Et qu'il dai rne accueillir encore avec bonté. Le Baron de la Crasse au théâtre est resté ; Le Bon Soldat a fait de nombreuses recettes : P<à Paul)
On devrait s'occuper de Ma Femmes Corjwzl!^, Cinq actes, et des vers que Ton trouvait fort beaux I
* Paul, Raymoad, Bôiufléjour,