‹ ThéâtreChapitre 425 sur 449 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Cela vaut bien les vers de vos auteurs nouveaux ; Car vous ne donnez plus que de tristes ouvrages. (A Beauséjour.)

De Créqui, deColbert j'obtenais les suffrages, De Colbcrt, le parrain de mon fils que voilà : Colbert fut mon compère; oui, j'eus cet honneur-là. J'osai pour le grand roi rimer quelques épîtres : Qu'il mo paya fort bien : Monsieur, ce sont des titres : Quand vous en aurez fait autant, peut-être un jour On parlera de vous, monsieur de Beauséjour.

BEAUSÉJOUR

Je n'ai jamais écrit prose ni poésie,

Et compte n'en avoir jamais la fantaisie.

Mon dessein n'était point, mon cher monsieur Poisson,

D'attaquer votre gloire en aucune façon,

Mais je suis enchanté de voir qu'à cette gloire

Vous tenez beaucoup plus que vous n'osiez le croire.

RAYMOND

Vous vous trompez, Monsieur, en me parlant ainsi. De ces miseres-là j'ai fort peu de souci... Mais c'est que vous venez étourdir mon oreille Du Mans, de son théâtre et de votre merveille*.

BEAUSÉJOUR

De quoi voulez-vous donc que je vous parle, moi ? Ce sujet m'intéresse.

PAUL

Et tu ne sais pourquoi Il t'a si brusquement quitté ?

BEAUSÉJOUR

Non, sur mon Ame.

Peut-être, ayant au cœur une amoureuse flamme, Il brûlait de* revoir quelque objet adoré Dont depuis trop longtemps il était séparé.

PAUL

Qui te fait penser ?

BEAUSÉJOUR

Sa bizarre conduite, Un portrait par le drôle oublié dans sa fuite»

PAUL

Un portrait do femme ?

Ifcyiûùti), Paul, B«&\iïé]oup,

BEAUSÉJOTJR.

Ooi, charmante en yérité C'est, j'en dois convenir, un amour mérité. Tiens, j'ai là ce portrait : vois comme elle est jolie.

PAUL

Que vois-je? c'est ma nièce.

RAYMOND

Allons, quelle folie!

Cela ne se peut.

PAUL

Sans doute c'est un fait Etrange, merveilleux :mais... tenez. (// lui donne le portrait.)

RAYMOND

En effet C'est elle-même... ô ciel !

C'est une miniature Que l'on fit l'an dernier.

BEAUSÉJOUR

Singulière aventure!

RAYMOND

Oui, je la reconnais, et j'en suis confondu.

PAUL

Ce portrait, disait-elle, elle l'avait perdu.

RAYMOND

Elle nous a trompés : quel scandale !

FAUL.

Mon père, Calmez vous ; nous saurons pénétrer ce mystère. Il faut interroger Mariane.

RAYMOND

Oui, je veux Moi-même...

PAUL

Nous allons lui parler tous les deux Et tâcher d'obtenir d'elle un aveu sincère. Ce portrait, n'est-ce pas, ne t'est point nécessaire? Tu peux entre mes mains le laisser ?

BEAUSÉJOUR

Oui vraiment,

Il esta vous d'ailleurs... je m'enfuis promptemerrf : J'ai peu de temps à moi, permets que j'en profite. Adieu ; je te devais ma première visite : Nous étions demeurés si longtemps sans nous voir.

PAUL

Viens souper avec nous.

BEAUSÉJOUR

Volontiers, à ce soir.

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