SCÈNE IV
Cela vaut bien les vers de vos auteurs nouveaux ; Car vous ne donnez plus que de tristes ouvrages. (A Beauséjour.)
De Créqui, deColbert j'obtenais les suffrages, De Colbcrt, le parrain de mon fils que voilà : Colbert fut mon compère; oui, j'eus cet honneur-là. J'osai pour le grand roi rimer quelques épîtres : Qu'il mo paya fort bien : Monsieur, ce sont des titres : Quand vous en aurez fait autant, peut-être un jour On parlera de vous, monsieur de Beauséjour.
BEAUSÉJOUR
Je n'ai jamais écrit prose ni poésie,
Et compte n'en avoir jamais la fantaisie.
Mon dessein n'était point, mon cher monsieur Poisson,
D'attaquer votre gloire en aucune façon,
Mais je suis enchanté de voir qu'à cette gloire
Vous tenez beaucoup plus que vous n'osiez le croire.
RAYMOND
Vous vous trompez, Monsieur, en me parlant ainsi. De ces miseres-là j'ai fort peu de souci... Mais c'est que vous venez étourdir mon oreille Du Mans, de son théâtre et de votre merveille*.
BEAUSÉJOUR
De quoi voulez-vous donc que je vous parle, moi ? Ce sujet m'intéresse.
PAUL
Et tu ne sais pourquoi Il t'a si brusquement quitté ?
BEAUSÉJOUR
Non, sur mon Ame.
Peut-être, ayant au cœur une amoureuse flamme, Il brûlait de* revoir quelque objet adoré Dont depuis trop longtemps il était séparé.
PAUL
Qui te fait penser ?
BEAUSÉJOUR
Sa bizarre conduite, Un portrait par le drôle oublié dans sa fuite»
PAUL
Un portrait do femme ?
Ifcyiûùti), Paul, B«&\iïé]oup,
BEAUSÉJOTJR.
Ooi, charmante en yérité C'est, j'en dois convenir, un amour mérité. Tiens, j'ai là ce portrait : vois comme elle est jolie.
PAUL
Que vois-je? c'est ma nièce.
RAYMOND
Allons, quelle folie!
Cela ne se peut.
PAUL
Sans doute c'est un fait Etrange, merveilleux :mais... tenez. (// lui donne le portrait.)
RAYMOND
En effet C'est elle-même... ô ciel !
C'est une miniature Que l'on fit l'an dernier.
BEAUSÉJOUR
Singulière aventure!
RAYMOND
Oui, je la reconnais, et j'en suis confondu.
PAUL
Ce portrait, disait-elle, elle l'avait perdu.
RAYMOND
Elle nous a trompés : quel scandale !
FAUL.
Mon père, Calmez vous ; nous saurons pénétrer ce mystère. Il faut interroger Mariane.
RAYMOND
Oui, je veux Moi-même...
PAUL
Nous allons lui parler tous les deux Et tâcher d'obtenir d'elle un aveu sincère. Ce portrait, n'est-ce pas, ne t'est point nécessaire? Tu peux entre mes mains le laisser ?
BEAUSÉJOUR
Oui vraiment,
Il esta vous d'ailleurs... je m'enfuis promptemerrf : J'ai peu de temps à moi, permets que j'en profite. Adieu ; je te devais ma première visite : Nous étions demeurés si longtemps sans nous voir.
PAUL
Viens souper avec nous.
BEAUSÉJOUR
Volontiers, à ce soir.