ACTE IV, SCÈNE IV
élevé comme mon propre fils. Il vous aime, il vous promet fidélité, mariage, n'est-ce pas? Eh bien ! que vous sortiez d'ici acquittée, innocente, et qu'après tout ce qui arrive il vous épouse... croyezvous, si vous êtes heureux d'abord, que vous le serez longtemps, que vous le serez toujours? Croyez-vous qu'après l'amour satisfait, et l'amour n'est pas éternel!., qu'après un an, deux ans, dix ans, si vous voulez, de bonheur passés ensemble, Henu ne pensera pas un jour, malgré lui, à sa fortune perdue, à son rang déchu, à ses espérances trompées... à ce mariage de raison enfin brisé par un mariage de folie?... Voyez ces mains, deux mains droites pour dépenser, deux gauches pour travailler... Pourra-t-il, homme de luxe et de loisir, lui pour qui le superflu est le nécessaire, pourra-t-il jamais se faire au labeur, au besoin, à l'humilité d'une vie pauvre avec vous?... Ah! vous pouvez supporter la misère, vous, pauvres gens! l'habitude!... mais nous ne la bravons pas impunément... Tout est bien, tant que la passion dure; mais un jour, l'amour s'en va, le malheur reste, et la haine vient... Et ce jour-là, croyez-moi, le mari vous reprochera les sacrifices de l'amant ; il vous reprochera de vous avoir tout donné et de ne lui avoir rien rendu... rien, qu'un amour éphémère, un court moment de bonheur, une dot éternelle de misère et de honte, on nom traîné devant les tribunaux... une vie détenue publique, de cette publicité horrible qu'inflige la justice à ses victimes...
une voix de crieur, dans la rue.
«Voilà ce qui vient de paraître : l'arrestation de Marie Di' dier... »
LE BARON
Écoutez!...
le crieur, continuant.
« La couturière du faubourg Saint-Antoine, accusée d'avoir « tué son enfant... avec des détails intéressants... Pour un « sou!... »
MARIE
0 mon Dieu, mon Dieu!
On n'oublie pas cela !
MARIE
Oh! vous avez raison, je ne savais pas, malheureuse que je suis!... et je vous remercie de m'y faire penser. Je renonce à lui, monsieur, pour le sauver.
LE BARON
Oui, mais pour le sauver il ne suffit pas que vous renonciez à lui, il faut encore qu'il renonce à vous.
MARIE
Comment! que faut-il faire de plus?
LE BARON
La passion l'aveugle... il vous sacrifie sa fortune: égalez, surpassez son dévouement... faites-vous oublier... l'aveu, l'aveu seul
peut lui rendre la raison et la liberté... Avouez pour un jour, une heure seulement, jusqu'après ce mariage qui le sauve. Si vous aimez Henri autant qu'il vous aime, avouez, et vous vous sauvez ensemble.
marie , avec force.
Oh! je me perdrais pour le sauver tout seul! Oui, monsieur, je le sauverai, je le sauverai. [Elle sort à droite, éperdue.) le baron, lui parlant toujours.
Bien... bien, Marie... vous êtes sauvés ions deux. (// sort à gauche, triomphant.) — Rideau de manœuvre.
DIXIEME TABLEAU
Intérieur d'un bureau de police. — Porte au fond, une autre à droite, communiquant avec un cabinet. Sur le devant, à droite, un bureau avec son casier; au fond, du même côté, et faisant face au public, un autre bureau, où est le secrétaire du commissaire, en train d'écrire ; à gauche, toujours au fond et faisant face au public, est un banc, où sont assis deux gardes municipaux; du même côté, un peu devant les gardes, est assis' le père Jean.