SCENE X
SIMONE, MADAME GALLARDON, puis LEMASSIER, puis JACQUES.
MADAME GALLARDON, observant Simone.
Elle n'a pas sourcillé!...
Lemassier entre par la droite.
LEMASSIER, s'approchant de Simone et l'embrassant sur le front.
Tu as eu des visites?
SIMONE, s'arrêtant de jouer et pivotant un peu sur son tabouret.
Celles que tu sais, plus les Lajiano, nos futurs hôtes.
LEMASSIER.
Nos futurs hôtes?
SIMONE
Oui, Jacques vient de les inviter à passer un mois chez nous à Cabourg, en attendant qu'ils aient trouvé à louer ailleurs.
LEMASSIER.
Et tu as consenti?
SIMONE
Il m'aurait été malaisé de refuser... Jacques m'a informée de l'invitation devant les Lajiano eux-mêmes.
LEMASSIER.
C'est délicat de sa parti
Oh! je n'y vois réellement aucun inconvénient... Lajiano est un peu vulgaire... Mais sa femme est gentille... Et puis un mois, cela file bien vite. LEMASSIER.
Ouais I tu m'en diras des nouvelles au bout de quinze jours seulement... Et de toutes façons, ne trouves-tu pas qu'avant, Jacques aurait pu me consulter? SIMONE.
C'eût été plus convenable... Mais tu le connais, quand il désire faire une chose, il ne réfléchit" pas, il la fait tout de suite, sur l'heure.
LEMASSIER.
Il a cela de commun avec beaucoup de gens mal
élevés... (A madame Gallardon.) Excusez-moi, ma chère amie... Mais de tels procédés me mettent hors de moi. MADAME GALLARDON.
Vous n'avez pas à vous excuser... Je vous approuve sur tous les points.
Jacques rentre par la droite en chantonnant. Simone recommence à jouer très sourdement.
LEMASSIER, à Jacques.
Qu'est-ce que me dit Simone, que vous avez invité les Lajiano à Cabourg?
J.\CQUES.
Parfaitement... Cela vous contrarie?
LEMASSIER.
Il est bien tard pour me le demander.
JACQUES
Vous avez toujours fait le meilleur accueil à ces gens et je ne pouvais guère supposer... LEMASSIER.
Entre un accueil f>oli et l'hospitalité complète, il y a une distance.
Ohl laissez-moi vous rappeler, sans nulle acrimo* nie, que de cette distance je suis seul juge... Je serais désolé que vous ne vinssiez pas avec nous à Cabourg... Mais la maison est louée par moi, à mon nom... Et je ne puis cependant pas, au gré de vos caprices, me priver de recevoir des amis qui me plaisent.
LEMASSIER.
Simone, est-ce ton avis?
SIMONE, se levant.
Je regrette beaucoup, pire.. Mais je ne puis donner tort à Jacques.
JACQUES, riant et frappant sur l'épaule de Lemassier. Eh bien, mon brave homme, voilà qui vous cloue!
LEMASSIER.
Je VOUS ai déjà dit, Jacques, que la différence d'âge ne comportait pas entre nous de telles familiarités. JACQUES.
Mon Dieu! père, que vous êtes grognon!... Comment ! Je rentre enchanté d'avoir invité chez moi des amis que j'aime bien... En réponse à vos reproches, je vous offre l'hommage de ma belle humeur. Je me permets une petite plaisanterie, oh ! bien innocente... et vous me rembarrez!... C'est renversant!... Mais je me demande un peu ce que vous ont fait ces pauvres gens pour vous être antipathiques à ce point... Non, là, franchement, répondez, je ne me fâcherai pas. LEMASSIER, gêné et se contenant.
Oh I rien du tout !
JACQUES
Alors!... Riez donc et prenez plus gaiement votre parti de passer quelques semaines en face d'une délicieuse petite femme et d'un gros excellent homme de mari qui chaque soir vous fera votre partie de whist ou de crapette... Voyons, est-ce que je n'ai pas raison, ma tante?
MADAME GALLARDON, froidement.
Si, si, tu as très raison !
Jacques se rapproche de Simone qu'il enlace en lui parlant tout bas.
LEMASSIER, à mi-voix, à madame Gallardon. Eh bien! vous avez vu?... Vous avez entendu?... Est-ce que vous croyez qu'il n'y aurait pas de quoi éclater mille fois?... Qu'en dites-vous?
MADAME GALLARDON
Je dis que vous allez faire une bêtise si vous restez ici, et que je vous emmène... Simone, je monte avec ton père lui montrer des photographies que j'ai prises là-bas.
SIMONE
Bien, madame I
Ils sortent par la gauche.