‹ ThéâtreChapitre 60 sur 69 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

DUCREST, ADOLPHE, puis HUREPOIX.

DUCREST, seul, regardant sa montre.

Deux heures. Non, ce n'est pas une heure de rendez-vous. Et puis elle ne prendrait pas l'auto, mon auto. Enfin, puisque cela va finir. (A Adolphe qui entre.) Qu'est-ce que c'est?

ADOLPHE

C'est M. Hurepoix. Et puis il y a aussi une délégation de l'Association des étudiants, quatre jeunes messieurs.

DUCREST

Oh! mais c'est beaucoup trop tôt. J'avais dit dans le courant de l'après-midi. Dites à ces messieurs que je regrette, mais qu'il m'est impossible de les recevoir avant six heures, et faites entrer M. Hurepoix. (Adolphe sort et introduit M. Hurepoix.) Bonjour, Hurepoix.

HUREPOIX, lui serrant la main.

Mon cher maître, votre serviteur.

DUCREST

Eh bien! Vous avez reçu mon mot? Vous avez compris le moyen de procédure que je vous offre? HUREPOIX.

11 me semble, cher maître : faire défaut d'abord, puis reconstituer la société sur des bases plus régulières. C'est bien cela, n'est-ce pas?

3l6 THEATRE

DUCREST

C'est cela même. Et ça vous plaît?

HUREPOIX

En principe, certainement, cher maître. Cependant, si nous faisons défaut, nous commençons par être condamnés.

DUCREST

Provisoirement, pour rire.

HUREPOIX

Il n'y a tout de même pas de quoi !

DUCREST

Et l'être pour de bon, croyez-vous que ce serait plus gai?

HUREPOIX

Vous pensez donc sincèrement qu'une condamnation est inévitable?

DUCREST

Voyons, mon cher Hurepoix, je n'ai pas à vous apprendre combien votre cas est fâcheux? Alors, pourquoi ergoter?

HUREPOIX

Dame, malgré tout le respect que je vous dois, il me semble que dans certaines circonstances, le droit du client, et même le devoir de l'avocat... DUCREST, nerveusement.

Mes devoirs! Oh! permettez, mon bon monsieur! Là-dessus, je n'ai pas l'habitude que les clients me fassent la leçon. Vous seriez le premier. D'ailleurs, pour simplifier, reprenez donc votre dossier. Cette affaire ne m'avait jamais rien dit, et j'en ai maintenant par-dessus la tête.

HUREPOIX, consterné.

Permettez, cher maître...

DUCREST

Comment! Vous êtes dans le dernier pétrin, sous le coup de la justice, à deux doigts du bagne. J'ai pitié, je lâche tout, plaisirs, vacances, amis, pour courir à votre aide...

HUREPOIX

Âhl non, cher maître, ah! non. Il ne faut pas me

dire à moi que vous êtes rentré pour nous, il ne faut

pas. Ma femme était là-bas, et on sait bien ce qui s'est

passé. Vous êtes rentré parce que vous y étiez forcé,

tout bonnement. Je regrette de mettre madame Du-

crest en cause, mais vous le prenez aussi sur un ton !

DUCREST

Madame Ducrest?

HUREPOIX

Oh I je vous dis ce qu'on raconte.

DUCREST

Et qu'est-ce qu'on raconte? Vous avez commencé, précisez.

HUREPOIX

Bahl des potins de villes d'eaux, sans doute. Que ce départ en coup de foudre, ce départ du jour au lendemain, c'est madame Ducrest qui l'a exigé, pour vous éloigner d'une certaine dame que je n'ai pas besoin de vous nommer.

DUCREST

Ne vous gênez donc pas.

HUREPOIX

Et comme votre départ a presque coïncidé avec l'arrivée d'un ancien ami de cette personne... Vous

voyez, ce n'est pas bien grave, et je vous dis tout. DUCREST, avec un soupir de soulagement.

Ouais! Et je vous en remercie. Mais franchise pour franchise^ votre police vole son argent. Si je suis revenu avec cette hâte, c'est pour vous, uniquement pour vous. Et mettons les points sur les i : si ma cliente madame Savreuse a permis à M. Chantaud de la rejoindre, c'est sur mes avis, sur mes conseils, en vue d'un mariage qui ne tardera pas. Vous voilà bien renseigné cette fois. Maintenant, mon cher monsieur, au plaisir de vous revoir. Quand vous aurez à m'apporter une affaire de meilleur a loi, vous me trouverez tout à votre service,

HUREPOIX

Voyons, mon cher maître, ce n'est pas sérieux I Vous m'avez rudoyé, je me suis monté. Vous n'allez pas nous lâcher pour cela?

DUCREST

N'insistez pas, mon cher Hurepoix. Vous voudrez bien faire tenir à ma disposition les papiers que j'ai laissés chez vous, je les enverrai reprendre tantôt. HUREPOIX, se levant.

Entendu, mon cher maître. Mais vous nous reviendrez. Je ne considère pas cela comme votre dernier mot. Vous avez tort, Hurepoix, tout a fait tort. Ah! si vous écrivez à madame, n'oubliez pas de me rappeler à son bon souvenir.

HUREPOIX

Je n'y manquerai pas. Mais mon Dieu que je suis ennuyé! C'est le désastre pour nous, le désastre!

I! sort en levant les bras. Lavcline est entre sur les deux dernières répliques.

Page 1