ACTE II, SCÈNE VII
Ponr croire qn'il ait pn, s'avilissant lui-même, Saciifier Warwick à la grandeur suprême. Un lâche h son amonr allait vous immoler: Mais Warwick est ici; c'est h lui de trembler. Le ciel m'a ramené pour prévenir le crime. Ne craignez plus qu'ici son pouvoir vous opprime. C'est moi qui vous défends , moi qui veille sur vous , Moi qui suis votre appui , votre amant, votre époux, Votre vengeur encore ; et vous allez connaître Si Warwick aisément est le jouet d'un traître j S'il est ou dangereux, ou sensible à demi; S'il confond un ingrat comme il sert un ami.
ELISABETH
De mon père , il est vrai , l'injuste tyrannie
A ces triste liens a condamné ma vie ;
Et mon cœur , loin de vous , vous adressait , helas !
Des regrets impuissans que vous n'entendiez pas.
Je demandais "Warwick : dans mon impatience
Ma voix vous appelait des rives de la France ;
Et votre Elisabeth , dans l'horreur de son sort.
Au défaut de Warwick, eût imploré la mort.
Enfin je vous revois ; vous essuyez mes larmes.
Je ne puis cependant vous cacher mes alarmes.
Je crains que le transport de ce cœur indompté
Avec trop d'irnprudence ici n'ait éclaté.
On ne peut d'Edouard ignoier les tendresses :
Les maîtres des humains cachent-ils leurs faiblesses?
Toujours des yeux percans sont ouverts à la cour.
Croyez qu'instruits déjà de ce fatal amour ,
Vos détracteurs secrets (vous en avez sans doute )
Veulent sur vos débris se frayer une route :
Et pour perdre un héros toujours craint ou haï ,
Il suiSt d'un roi faible , et d'un lâche enuercfi.
WARWICK
Moi garder le silence!... et pourquoi me contraindre? Quand )e suis ofiénsé , c'est moi que l'on doit craindre. Eh! quel péril pour moi pouvez-vous redouter ? Un pouvoir que j'ai fait peut-il m'épouvanter ? Me verrai-je braver aux yeux de l'Angleterre ?
M WARWICK
On dira que Warwick . m vante dans la guerre , Ce ruortfl reiiQuimc , fameux par tant dVxploits , Qui créa , qui servit , qui détruisit des rois , Infidèle à sa gloire autant qu'à sa tendresse , N'a su ni conserver, ni venger sa maîtresse... Je rougis d'y penser... Non , non ; je puis encor Disposer de Fetat-, et commander au sort ; A Lancastre abattu rendre son héritage ; Renverser Edouard , et briser mon ouvrage.
ELISABETH
Warwick... Ah .'clier amant! He'las ! il m'est bien doux
Ue sentir à quel point je puis régner sur vous.
L est mon seul intérêt que votre amour embrasse .
L, est pour moi qu'il frémit , c'est pour moi qu'il menace.
A mon cœur éperdu vous rendez le repos ;'
Eh J connaît-on la crainte à cAïc d'un héros?
Mais pourquoi présenter à mon ame attendrie
Le spectacle effrayant des maux de ma patri»? ?
Quoi ! ne pouvez-vous rien sur le cœur d'Edouard .
Sans aller de la guerre arborer l'étendard ?
Un ami tel que vous n'a-t-il pas droit d'attendre
Que sa présence seule....
WARWICK
Eh ! qu'en puis-jc prétendre ?
Wa-t-ilpas devant moi hautement abjuré Cet hymen glorieux par moi seul prejiaré ? Il suit aveuglément ses amoureux caprices. Envers moi , s'il se peut , comptez ses injustices , Et les Crimes d'un cœur h son amour soumis, Pour qui tous les devoirs semblent anéantis. Taudis que, loin de vous , pour lui , pour sa puissance , Je m'expose aux tonrmens d'une cruelle absence , Que fait- il cependant ^ Coiument m'a-t-il traité? Il me rend le jouet de sa légèreté ; il me fait vainement enpaeer ma parole , Et signer un traité fraud deux et frivole ; C'est pcii : qui choisit-il enfin [)our m'outrager ? Non , sans frémir enco, , jj ne pui.- y songer. C'est l'objet , le seul biuo dont mon ame est jalouse ;