ACTE II, SCÈNE VIL aS
Le prix de mes travaux , c'est -vous, c'est mon e'pousc.
Ah ! cet eucliaÎQement , ce tissu de noirceurs
Ajoute à chaque instant h mes justes fureurs.
Il en verra l'effet , il faut qu'il s')it terrible.
Je suis , je suis encor ce Warwick invincible •
J'ai pour moil'equitë, mon nom et mes exploits;
Je paraîtrai dans Londre , on entendra ma voix.
On verra d'un côte l'appui de l'Angleterre ,
Warwick , de ses travaux demandant le salaire ,
Indigne des affronts qu'il n'a point me'ritcs ,
Et de l'ingrat Yorck contant les lAchete's;
Et de l'autre on verra , confus en ma pre'sence ,
Edouard aux grandeurs conduit par ma vaillance ;
Qui sans moi , dans l'exil ou la captivité ,
Cacherait sa misère et son obscurité.
Ce peuple est généreux, il m'aime, et l'on m'off'-nse :
Entre Edouard et moi pensez-vous qu'il balance?
Elisabeth.
Ecoutei-moi , Warwick. Votre cœur ulcéré Dans ses emportemens est peut-être égaré. Je ne puis croire encore Edouard inflexible ; •A la gloire , aux vertus , vous l'avez vu sensible. Sans doute il ne sait pas , en demandant ma foi , Combien ce joug brillant serait affreux pour moi. Mes larmes n'ont coulé que sous les veux d'un père j J'ai craint de trop braver les traits de sa colère, Si devant Edouard j'eusse attesté nos nœuds; Si j'avais avoué que ce cœur généreux Se plaît à préférer , acceptant votre hommage , Le héios bienfaiteur an prince son ouvrage ; Et que, fier de s'unir à vos nobles destins, 11 vdit dans son amant le premier des himiains. Mais j'oserai parler : il saura mes promesses , J'avoûrai sans rougir l'excès de mes tendresses ; J'avoûrai que l'instant oii j'irais à l'autel , Se. ait pour moi l'arrêt d'un malheur éternel. Eh ! quel homme , implacable en sa rage inhumaine , Au défaut de l'amour , veut mériter la haine ; Et s'assurer du moins cet horrible plaisir
i4 WARWICK.
De dtchircr nn coenr qu'il n'a pu conquérir ? Edou.ird , croypz-nini , n'a point ce caractère. Laissez de vos destins ma voix dt-positairc. Laissez-moi balancer les vœux de deux grands cœnrs. Que Warwick, modérant ses bouillantes fureurs, Dépose entre mes mains, s'il daigne ici m'en croire, L'inte'rèt de Ses feux et celui de sa gloire.
WARWICK
Edouard , je le vois , ne vous est pas connu : Dans le fond de son cœur j'ai dcjJi tout perdu. Peut-être dès long-temps je lui portais ombrage. En rompant un traite dont j'ai fait mon ouvrage. Il prétend annoncer ma chute au peuple anglais. Mon absence aux complots ouvrait un libre accès. De ceux qu'on a formes je reconnais la trace. C'est ainsi qu'à la cour commence la disgrâce. Je prévois tous les coups que je vais essuyer. Déchoir du premier rang , c'est tomber au dernier. A de pareils revers la faveur est soumise : Et peut-être déjà ma dépouille eat promise. Mais cet espoir encor peut être confondu. Non , je ne serai pas aisément abattu. L'Anglais , indépendant et libre autant que brave , Des caprices de cour ne fut jamais esclave; Nous ne l'avons point vu légler jusqu'à ce jour Sur la faveur des rois sa haine ou son amour. Contre un tel pré|Ugé son ame est aguerrie: Souvent contre le trône il défend la patrie: Ses rois le savent trop: ce peuple citoyen Ose attaquer leur choix et soutenir le sien : Nul à ses souverains ne rend autant d'hommage j Mais sous ces vains respects consacrés par l'usage , Il garde une fierté qu'ils craignent d'éprouver : Il les sert à genoux j mais il sait les braver.
ELISABETH
Oui , je sais ce qu'il peut : que de maux , que de crimes Produiront le» fureur» qu'il croira légitimes! Prévenons ce désastre , et ne présentez plus Un avenir horrible à mes sens éperdus :