‹ Théâtre françaisChapitre 122 sur 184 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ICILIUS , seul.

Oui, je l'ai demélc ce cœur sombre et féroce;

Oui , l'amour y domine et le rend plus atroce.

Peut-être à d'autres yeux il pouvait échapper ;

Mais les 3'eux d'un amant ne sauraient s'y tromper.

J'ai tout vu ; j'ai surpris ses secrets dans son ame.

Voilà , voilà le nœud de cette horrible trame.

Ces témoins subornes , par avance séduits.

Ces mystères du crime avec tant d'art conduits ,

Sont de la ra^sion le te'ncbreux ouvrage ;

Elle croit, unissant l'artifice à la rage ,

Se cacher dans la nuit de ses aflVeux projets :

L'amour au cœur d'un monstre cnCanie les furiaits.

Il faut déconcerter les ressorts qu'il invente ,

Apporter dans cette ame un j<iur qui l'tpo'nanle.

Kn vain à tous les 3'eux il se cioit dérobe ,

Et le crime frcmit quand son masque est tombe.

Le péril est pressant, l'attentat est horrible :

Il faut risquer ici l'éclat le j.lus tcriible.

Peut-être qu'aux Romains , trop Irnts à s'émouvoir ,

Ce jour va revêler leurs droits et leur devoir ,

Au décemvir sa honte et son ignominie.

Il nous croit subjugues pai' son puissant génie ;

Législateur superbe . il pense qu'aujourd'hui

Le respect pour ses lois s'étendra jusqu'à lui.

Qu'il apprenne de moi la vérité sévère ,

Et ce que Rome pense , et ce qu'elle peut f lire.

Je puis périr sans doute en osant le braver ;

Mais c'est en risquant tout que l'on peut tout sauTCr.

Nature , hvmcn , amour , ô droits sacrés de l'homme!

O sainte libcité, divinité de Rome !

Vous remplissez ce ccn-ur, incapal)le d'effroi;

Et je sens qu'Appius peut trembler devant moi.

Mais le voici.

ACl E JI, SCEINE 11. i(ît,

Page 1