SCÈNE il
ICILIUS, APPiUS, SPLiRIL'S.
Licteurs au fond du théâtre.
APPics , a Spurius , dans l'enfoncement. Tu vois la fuipur qui l'agite.
Je veux en l'écoutant juger ce qu'il médite. La bouillante colère est prompte à se trahir; Laissons-la s'exhaler , afin de la punir. Laisse-nous.
( Spurius sort. )
ICI M us , à part.
Quel orgueil est peint sur son visage!
APPIUS
Eh bien ! de mon pouvoir quand je suspends l'usage , Qu'est-ce qu'lcilius peut encore espérer? Quelle grâce nouvelle ose-t-il implorer ?
ICILIUS
Une grâce .' Ce mot est fait pour le coupable , Et non pour un Romain à vos yeux respectable , Un magistrat chëri de ses concitoyens , Qui sut venger leurs droits et soutiendra les siens.
APPIDS.
Je vois qu'lcilius , que le joug importune , Croit encore tonner du haut de la tribune ; Qu'il voudrait être encor ce tribun factieux , De la division moteur séditieux , Puissant par la discorde et grand par l'anarchie , Dont, grâces à nos lois , Home s'est aflranchie^ Qu'il voit d'un œil jaloux le bien qu'il n'a pas fait ; Mais Rome , malgré lui, nous doit ce grand bienfait De l'ordre rétabli , de l'union publique...
ICILIUS
Laissez de ces grands noms le faste chime'riqne , Ici bien vainement à toute heure étalé :
170 VIRGINIE
Les mots ne sont plus rien, quand les faits ont parle.
Et qu'est-ce donc enfin que les lois les p!us belles,
Si le Icpislatcur se met au-dessus d'elles ?
O fruit de vos travaux , bien prccicux, bien doux !
Pour nous l'obéissance , et l'empiic pour vous.
Croyez-vous de ses droits Rome si mal instruite,
Et dans tous les c^prits la vérité détruite?
Croii-on l'ant-'anlir en eloufl'ant sa voix?
Non , elle pailc encore et crie au nom des lois ;
Elles ne seront pas vainement invoquées.
Pour vous comme pour nous les limites marquées
Sont le rempart sacre , sont l'ecucil éternel
Oii viendra se briser tout pouvoir criminel.
Aveugles de'cemvirs ! que votre ame est trompée!
Quelle wlace en nos cœurs vous auriez occnpe'e ,
Si , lorsque votre ouvrage à son terme est veim ,
Contens de cet honneur par vos soins obtenu ,
Coniens d'avoir assis sur un juste équilibre
Les pouvoirs partage's , ressorts d'un état libre,
Vous eussiez, déposant la pompe des faisceaux,
Descendu noblement au rang de vos égaux ,
Sans prétendre de nous un plus digne salaire
Que d'obéir aux lois que vous veniez de faire !
Qu'alors vous étiez chers à nos concitoyens !
Que vous deveniez grands à leurs yeux comme aux miens 1
Combien votre mémoire ei'it cte révérée !
Mais ces touohans attraits d'une gloire épurée
An despotique orgueil sont trop indiflérens ;
Ce sont là des plaisirs inconnus aux tyrans.
APPIUS
Quoi! nous aurions compté sur la reconnaissance
D'un peuple que toujours trompa son inconstance .
Qui chérit ses flatteurs et qui hait son appui ;
Qu'enfin l'on est forcé de servir malgré lui î
Les salutaires lois que nous avons dictées
Ne pouvaient que par nous être bien cimentées.
Quand il en sera temps , nous saurons renoncer
A cette autorité qu'il nous faut exercer.
Ses effils jusqu'ici n'ont rien doul je rougisse :